Moon (2010)

Après la musique, la famille Bowie s’invite au cinéma avec Duncan Jones, fils de David et auteur avec ‘Moon’ d’un premier film remarquable. Une fiction à huit-clos sur la lune où l’acteur Sam Rockwell supporte à lui seul un thriller minimaliste et poignant.

Synopsis:

Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l’extraction de l’hélium 3, seule solution à la crise de l’énergie sur Terre. Souffrant en silence de son isolement et de la distance le séparant de sa femme et de sa fille, il passe sont temps à imaginer leurs retrouvailles. Mais quelques semaines avant la fin de son contrat pour l’entreprise Lunar, Sam se met à voir et à entendre des choses étranges… D’abord convaincu que son isolement y est pour quelque chose, il se retrouve malgré tout à enquêter et découvre que si ses patrons ont prévu de le remplacer, ils n’ont jamais projeter de le ramener. A moins que ce soit la Lune qui ne souhaite pas le voir partir…

Critique:

Duncan Jones semble bien parti pour marcher sur les traces du succès laissées par son père, même si leurs métiers différent. Novice à la réalisation, le cinéaste s’introduit dans le septième art avec beaucoup d’humilité et d’intelligence, dans un registre pourtant très difficile à manier. Tous les genres du cinéma peuvent offrir des navets, mais la science-fiction comme le fantastique, pour la liberté scénaristique totale qu’ils proposent aux réalisateurs, multiplient les possibilités d’échecs. Un échec évité d’entrée pour le britannique dont l’ambition mesurée explique pour l’essentiel la réussite de son film. L’aspect fictionnel de ‘Moon’ est en fait très rapidement évacué par Duncan Jones dans le sens où tous les éléments de fiction qu’il y inclut ne sont ni plus ni moins que le décor du thriller. Le clonage et de la cohabitation de la robotique avec les humains – thèmes omniprésents dans la réalisation – sont traités avec une telle sobriété et une telle finesse que le cinéaste ne perd jamais la dimension humaine qu’il insuffle dans son long-métrage.

La grande force de cette œuvre réside dans la manière involontaire ou consciente qu’à l’auteur de délivrer des message. Alors que la science-fiction est souvent utilisée – parfois pour le pire – à dénoncer la réalité d’une société, en calquant simplement ses pratiques et ses modes de vie ou ses pratiques dans un univers irréel, Duncan Jones, lui, use davantage de philosophie et de subtilité. A force d’efforts pour crédibiliser à l’extrême son enquête, ses personnages, ses décors, il rapproche si étroitement la fiction de la réalité que les deux notions finissent par se confondre et le spectateur ne se retrouve plus absorbé que par la forme énigmatique et émotionnelle du film. Pendant plus d’une heure et demi, la décontraction naturelle de Sam Rockwell va s’effondrer sous les réponses de l’enquête, laissant progressivement la place à une profonde détresse, qui sublimée quelques fois par la bande originale de Clint Mansell, prend aux tripes jusqu’au dénouement final.

Il faut attendre le générique de fin pour mesurer combien ‘Moon’ est un grand film. Duncan Jones banalise la fiction avec un talent hors-norme et pousse à même à la réflexion avec un brin d’originalité. Les codes du thriller et la physionomie dépouillée du film permettent au réalisateur de détourner l’attention du public du caractère fictif de l’histoire pour le sensibiliser post-visionnage sur des sujets – le vice humain, l’avancée technologique, … – souvent évoqués dans la science-fiction, mais rarement dénoncés avec autant d’intelligence et de discrétion.

Titre français: Moon

Avec: Sam Rockwell, Kevin Spacey, Matt Berry

Sortie: Prochainement | Durée: 1 h 37

Genre: Science-Fiction, Thriller

Réalisateur: Duncan Jones | Infos: Allociné

Autres chroniques: Panorama CinemaLaterna Magica


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