Interview: Uniform Motion - Janvier 2010

Entretien avec Andrew Richards et Renaud Forestié

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Thibault: Votre biographie comportant quelques éléments plutôt atypiques pour un groupe de musique, peux-tu nous parler de Uniform Motion et du rôle de chacun dans le groupe ?

Andrew Richards: La première version d’Uniform Motion (lors du premier album) était à géométrie variable. En 2008, nous avons lancé la série ‘Pictures’ un site web où nous publiions une chanson, une BD et une vidéo toutes les deux semaines. Nous étions une dizaine dans l’équipe. Deux ingénieurs du son, une vidéaste, un illustrateur, un guitariste, un percussionniste, un clarinettiste, un batteur, etc…Aujourd’hui, nous sommes deux. Renaud, qui fait les illustrations. Et moi-même qui m’occupe de la musique.

Thibault: En passant d’un collectif de musiciens à un simple duo, vous ne trouvez pas le changement un peu brutal ?

Andrew Richards: Pas vraiment, puisqu’il s’agissait d’un groupe un peu virtuel. A la base, Uniform Motion, c’était moi tout seul. J’ai rencontré Renaud et nous avons eu l’idée de faire la série. Il nous fallait du monde. Trevor, un ami, est venu nous donner un coup de main à la guitare. Puis, d’autres se sont proposés pour les épisodes d’après. En fait, c’était très improvisé. Le noyau dur a toujours été Renaud, Trevor et moi. Puis Trevor nous a quitté en fin d’année pour se consacrer à d’autres projets. Son coup de main ne devait durer que quelques mois, mais il est resté plus d’un an impliqué dans le projet. Le premier album a mobilisé beaucoup de personnes pendant 6 mois. Le rythme de travail était très prenant. Pour le deuxième album, nous avons voulu faire plus simple.

Thibault: Comment s’est passé le travail de composition de ‘Life’, votre second album. Est-ce qu’il existe toujours ce lien étroit entre ta musique et la signature visuelle de Renaud ?

Andrew Richards: ‘Life’ a été composé et enregistré entre septembre et novembre 2009 dans mon appartement. Les illustrations ont été faites une fois l’album terminé. Renaud s’est inspiré des morceaux pour ses illustrations sans savoir réellement de quoi parlaient les chansons. Il s’agit en fait d’une ré-interprétation. C’est sur scène que le projet a le plus évolué. Le fait d’être deux sur scène a mis la partie visuelle plus en avant. Et nous sommes arrivés à un stade sur scène, où la musique et les illustrations réagissent l’une à l’autre.

Thibault: Pendant le travail de composition, est-ce qu’il vous arrive de vous influencer mutuellement, même inconsciemment. Imagines-tu par exemple tes chansons en fonction de potentielles illustrations ?

Andrew Richards: Je pense que oui. Lorsque Renaud et moi nous sommes rencontrés, ces dessins étaient très joyeux, très ‘mignons’ on va dire. Et ma musique était assez sombre, peut-être même un peu dépressive. Depuis que nous travaillons ensemble, ses illustrations ont évolué vers quelque chose de plus complexe, moins naïf qu’avant. Et musicalement, les chansons sont plus accessibles, moins sombres et moins ‘conceptuelles’ aussi. C’est peut-être inconscient, mais le résultat tend à prouver que les deux disciplines souhaitent se rapprocher l’une de l’autre. D’ailleurs, c’est Renaud qui a trouvé le titre de l’album.

Thibault: Pour ne parler que de musique, tu as travaillé seul durant tout le processus de création ?

Andrew Richards: Oui et non. J’ai composé et enregistré les morceaux tout seul sur Pro Tools LE. (Pour ceux que ça pourrait intéresser, j’ai une carte son digidesign m-box mini, et un micro akg c214). Puis j’ai utilisé une boîte à rythme virtuelle pour la batterie et quelques instruments virtuels (orgue, clarinette, trompettes, etc…) Pour le mixage, je me suis dit que je pourrais tenter de le faire moi-même, puis faire appel à un pro si je n’y arrivais pas. Lorsque je suis arrivé au bout de mes capacités, j’ai demandé sur Twitter si ça intéresserait certains d’être des ‘beta listeners’ pour m’aider à le finir. Quelques personnes ont répondu à mon appel, et c’est avec la synthèse de tous leurs conseils que j’ai pu terminer le mixage. Puis pour le mastering, j’ai pu profiter des 11 jours d’évaluation d’un logiciel de mastering !

Thibault : Intéressant, parce que l’album dégage beaucoup de chaleur, ce qui peut paraître un peu paradoxal avec ce type de procédé. On peut vite penser que l’album souffre d’une certaine rigidité. Le résultat est vraiment troublant de naturel.

Andrew Richards: Les guitares et les voix sont 100% naturelles. Pour le reste, j’ai passé énormément de temps à ‘humaniser’ le jeu des instruments virtuels. J’ai corrigé manuellement chaque coup de cymbale, chaque coup de grosse caisse. Attention par contre, il n’y a que très peu d’effets (Pas d’auto-tune, je ne sais pas l’utiliser de toute façon) !  Juste de la compression et un peu de réverb.

Thibault: Concernant les voix, elles jouent un rôle primordial dans votre musique, et dans cet album en particulier. Elles impriment presque plus le rythme que la musique elle-même. Un peu comme un groupe comme les Fleet Foxes par exemple.

Andrew Richards: L’une des critiques du premier disque, et de mes chansons en général, était qu’on n’entendait pas bien les voix. Étant anglais, j’ai plus tendance à vouloir sous-mixer les voix. En France, les ingénieurs du son ont tendance à mettre les voix plus en avant. Sur ‘Life’, j’ai accepté l’idée que les gens aient envie d’entendre les textes, et que la voix puisse avoir de l’importance. Mais c’est aussi une question de confiance. Plus la voix est en avant, plus on entend ses défauts ! Sur ‘Life’, j’ai réussi à accepter de commettre des imperfections et de les assumer.

Thibault: Elles amplifient vachement les sensations de voyage et d’évasion que procurent les mélodies. Je ne sais pas si ils font parti de tes influences, mais ta musique s’approche à mes yeux de celle d’artistes comme Iron & Wine ou José Gonzaléz, qui jouent sur la moindre subtilité, à l’économie, et créent des atmosphères remarquables. Tu soutiens cette idée ?

Andrew Richards: Je suis fan des deux. Mais l’idée que ‘Less is more’ (il doit y avoir un terme en français, je te laisse traduire !) m’a été communiqué par des artistes comme David Sylvian (Blemish) ou Mark Hollis (Talk Talk). Leurs voix étant à des années lumières de ce que je sais faire, je suis obligé de remplir un peu plus les vides par contre !

Thibault: ‘Life’ serait une bande son idéale pour des films contemplatifs, avec des paysages à perte de vue. Qu’est ce qui inspire ta musique ? Est ce que les sensations de voyage et d’évasion dont je te parlais sont quelque chose d’important pour toi ?

Andrew Richards: Ce n’est pas exactement comme cela que je compose. C’est-à-dire que je ne me dis pas ‘tiens, telle chose m’inspire, il faut que j’en fasse une chanson.’  C’est un peu comme un enfant à qui on donne une paire de ciseaux, de la colle et quelques magazines, et à qui on demande de faire un collage. Sauf que dans mon cas, il s’agit de mes doigts sur une guitare, et des mots dans ma tête, que je colle ensemble. Le but, c’est d’en faire quelque chose de beau. Je ne ressens pas une envie particulière d’exprimer quoi que ce soit. Si accessoirement, ça donne envie de voyager, c’est tout bénef pour les compagnies aériennes je crois !

Thibault: Est ce que tu cherches quand même à varier les rythmiques, les ambiances ? Ou tu laisses simplement faire ton instinct, et alors, adviendra que pourra.

Andrew Richards: C’est plutôt instinctif. C’est rare que je sache ce que je vais faire à l’avance quand j’ouvre une session sur Pro Tools. La plupart du temps, je branche le micro, je fais gling gling (ça s’écrit comme ça gling gling ?!) sur la guitare et adviendra que pourra comme tu dis. Même procédé pour la voix, la batterie, la basse, etc… Parfois, ça donne des résultats affreux ! (je dois avoir plus de 500 morceaux complètement ratés !) Parfois, ça marche et j’arrive à me dire que ‘j’ai une chanson !’

Thibault: Tu as composé beaucoup de morceaux pour le dernier album ?

Andrew Richards: Je pense que j’ai dû bosser sur une cinquantaine de morceaux depuis ‘Pictures’ (que j’ai fini fin 2008).

Thibault: Life ne possède que huit morceaux. Tu avais tant de mauvais morceaux que ça ?! Ou est-ce juste une question de cohérence ?

Andrew Richards: Il y a deux raisons. Premièrement, il y a tellement de musique, de groupes et de disques de nos jours qu’une telle offre fait que les gens zappent plus facilement ce qu’ils écoutent. J’ai préfèré faire un disque court (environ 30 minutes) que les gens vont écouter jusqu’au bout plutôt que sortir un album long dont une partie ne serait pas écoutée. Deuxième raison, qui est proche de la première, c’est d’avoir un album cohérent. En fait, je pense qu’il vaut mieux sortir des disques plus courts, mais plus fréquemment que l’inverse.

Thibault: Je n’ai pas beaucoup parlé de Renaud. Quel regard porte-t-il sur ta musique? Est-ce un passionné de musique comme toi, ou se contentre-t-il uniquement sur sa tâche d’illustrateur ?

Andrew Richards: C’est un passionné de musique aussi. Tu n’as qu’à regarder le travail qu’il fait pour son projet Altered Covers. Ou regarde sa page Lastfm. Puis Renaud chante sur scène maintenant aussi. Il fait les choeurs avec sa voix grave de cowboy.

Thibault: Il arrive qu’il soit en désaccord avec toi concernant une mélodie, une chanson ?

Andrew Richards: Il arrive qu’il me dise qu’il n’aime pas une chanson. D’ailleurs il y a deux ou trois morceaux que j’ai jeté suite à ses commentaires. Comme il m’arrive de faire des commentaires sur ses dessins !

Thibault: Étant quelque part dépendants l’un de l’autre, il ne vient pas un moment où vous vous sentez un peu enfermés ?

Andrew Richards: Je ne pense pas que nous nous sentions dépendants l’un de l’autre. Nous savons que la musique donne une dimension additionnelle aux illustrations et vice versa. Ça ne nous empêche pas d’avoir des projets en dehors d’Uniform Motion. C’est le métier de Renaud de faire des illustrations et si je compose une chanson qui ne rentre pas dans le cadre du projet, je la mets de côté.

Thibault: Comment les gens réagissent face à vos prestations scèniques ? Ils ne doivent pas comprendre tout de suite.

Andrew Richards: Ça se passe souvent de la même manière. Vu que nous ne sommes pas très connus, et du coup, pas vraiment attendus, les gens parlent pendant le premier morceau, puis le bruit ambiant disparaît peu à peu. A partir du deuxième morceau, c’est un peu comme si le public était sous hypnose. Parfois, nous avons l’impression de jouer devant une classe de maternelle qui regarde un spectacle ! Après les concerts, Renaud fait des illustrations sur mesure sur les CDs. Ça nous donne l’occasion de discuter avec les gens et le retour est que: D’un, ils passent un super moment, disent que c’est léger, et que ça fait voyager. De deux, ils sont vraiment impressionnés et trouvent le spectacle très original.

Thibault: Vous êtes déjà parés à défendre le nouvel album sur scène ? Vous avez déjà quelques dates de prévues ?

Andrew Richards: Oui, nous jouons certains morceaux du nouveau disque depuis Novembre où nous avons fait 5 dates en Allemagne. Puis, nous avons été présélectionnés pour le Printemps de Bourges. Ce qui nous a donné l’occasion de jouer devant du monde. 3 ou 4 concerts sont prévus dans la région de Toulouse dans les mois qui viennent et nous devons retourner en Allemagne cette année aussi. Nous avons été invités à un festival au Portugal en octobre où nous ferons 5 dates aussi. Nous irons peut-être faire quelques dates aux Etats-Unis aussi cette année.

Thibault: Est ce que l’atypisme de vos spectacles jouent en votre faveur avec les organisateurs ?

Andrew Richards: Je dirais que ça joue en notre faveur. Mais seulement quand un organisateur nous a déjà vu jouer !

Thibault: Allez, je vous laisse répondre (Renaud a également répondu aux dernières questions) à quelques trucs sans intérêt maintenant. Si vous deviez choisir :

Andrew Richards:

- Un album : ah, trop dur.

- Un artiste : Rothko.

- Une chanson : je passe…

- Une de vos chansons : la prochaine ?

- Un sport : le cricket l’été, le foot l’hiver.

- Un pays : Le Japon.

- Une personnalité à tuer : Comme disait Dominique A : « il ne faut pas souhaiter la mort des gens, ça les fait vivre plus longtemps ».

- Une réplique : « Wink, wink, nudge, nudge, you know what I mean! » (Monthy Python).

- Un film : ‘Blow Up’, d’Antonioni.

- Une boisson : Irn Bru.

- Un plat : Sushi.

- Un rêve : trouver des chaussettes le jour où je sors de chez moi pied nu.

- Un acteur : moi.

- Une actrice : ma femme.

Renaud Forestié:

- Un album : The National – Alligator.

- Un artiste : Johnny Cash.

- Une chanson : Bonnie Prince Billy – I see a Darkness.

- Une de vos chansons : The Black Box.

- Un sport : le snowboard.

- Un pays : l’Alaska (techniquement c’est pas un pays mais je fais ce que je veux).

- Une personnalité à tuer : C’est méchant de tuer les gens.

- Une réplique : Frak you.

- Un film : Groundhog Day.

- Une boisson : la bière, à cause des bulles.

- Un plat : la crème anglaise (mais je sais pas si c’est vraiment un plat).

- Un rêve : une interview sur France 3 Sud.

- Un acteur : Robert Downey Jr.

- Une actrice : Katee Sackhoff.

Thibault: Quels artistes/groupes écoutez-vous en ce moment ? Vous pouvez nous donner quelques coups de cœurs ?

Andrew Richards: Buzinski, Sweet Billy Pilgrim, Port O’Brien, Ramona Falls, Noah and the Whale, Thomas Feiner, Le Loup.

Renaud Forestié: Alors les derniers groupes mémorables que j’ai écouté (qui sont pas tous super récents, mais je suis comme ça, je nage à contre courant, je prends le contre pied des choses, je suis un rebelle) :
- Langhorne Slim : un cowboy avec une guitare et une chouette voix.
- Bike for Three : un split Buck 65 / Greetings from Tuskan qui est super bien. En même temps ya Buck, c’était facile.
- The Duckworth Lewis Method : un concept album composé par Neil Hannon, de The Divine Comedy et Thomas Walshn de Pugwalsh, sur le thème du cricket. Ca fait des mois que je l’écoute sans me lasser, c’est rare.
- Vic Chesnutt : oui alors il est mort mais c’était super bien.

Thibault: Quels sont vos autres hobbies en dehors de la musique ?

Andrew Richards: Passer du temps en famille, un peu de foot, de lecture, les séries télé (Battlestar Galactica, Lost, House, Sons of Anarchy, etc…).

Renaud Forestié: Je dessine un petit peu et aussi je fais des photos et aussi je suis très très fort à Guitar Hero et aussi j’aime bien me promener.

Thibault: Et je vous laissez le dernier mot. Lancez vous !

Andrew Richards: Squirrel.

Renaud Forestié: blublu !

http://uniformmotion.net/

http://www.reuno.net/

http://www.myspace.com/uniformmotion

Chronique de ‘Life’, sortie le 09 février 2010

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