
Connu comme le leader pop des étincelants Guillemots, Fyfe Dangerfield continue son travail de prodige en solo, en attendant de sortir un troisième album avec son groupe. Sous ses airs cheap, son opus ‘Fly Yellow Moon’ révolutionne l’image de la pop grand public et accélère sa progression vers le génie.

Au sein des Guillemots, son extravagance et son sens du second degré décomplexaient les publics exigeants face à la musique ultra-populaire. Sa course en solitaire provoque un effet identique, mais la méthode a en partie évolué. Cette fois, le compositeur enfonce des portes ouvertes de la pop moderne, exploite le moindre cliché au premier degré. Bien que la majorité de ses chansons soient entièrement prévisibles, parfois même un peu pompeuses, Dangerfield dégage une crédibilité naturelle dans ce qu’il entreprend telle, que la pilule pop passe sans verre d’eau. Déjà remarqué et remarquable pour son côté expansif et sans calcul, il se sert de cet album pour placer sous projecteurs ses talents de songwriter. Que les mélodies soient épurées ou croulent sous des arrangements démesurés, la sincérité de l’artiste ne trompe pas, son amour pour la pop non plus. Quand les tubes excentriques de Slimmy sentent très vite la contrefaçon, les virées fantasques de Dangerfield ne renvoient qu’à des inspirations géniales.
Il ose, nargue la frontière qui sépare le ridicule de sa virtuosité, s’éclate dans des cyclones de groove nourris à l’électro-rock (« When You Walk In The Room »), surfe aux côtés de son piano sur un océan de violons et de cuivres (« She Needs Me »), avant de sombrer avec élégance dans une marée noire de riffs torturés (« Faster Than The Setting Sun »). Trois tubes grandioses venus d’ailleurs pour dynamiser un disque relativement intimiste, où le britannique affirme un goût très prononcé pour la musique folk. Un premier clin d’œil touchant au « Hallelujah » de Leonard Cohen (« Barricades »), un autre sombre et classieux au crooner Richard Hawley (« So Brand New »), et le ton est donné. De folk-singer débutant à folk-singer référence, il ne faut plus qu’un pas. Seul ou presque avec sa guitare acoustique, il entonne des brises-cœurs lo-fi irrésistibles (« Live Wire », « Don’t Be Shy »), arpente dans l’obscurité des ruelles désertes (« Firebird »). Malgré une tentative électro-acoustique (« Any Direction ») et un virage pop seventies moins bien négociés (« High On The Tide »), Fyfe Dangerfield demeure bel et bien un artiste impressionnant.
Les charts et les tops de fin d’année médiatisés seraient bien inspirés s’ils comptaient dans leurs rangs un compositeur aussi talentueux. Même si l’artiste à tendance férocement mainstream consacre certainement plus d’importance à sa musique qu’à la dégustation de petits fours en loges, il peut toujours espérer avec ‘Fly Yellow Moon’ recevoir une statuette de la part de Nikos Aliagas et avoir droit à sa coupe de champagne.
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Sortie: 18 Janvier 2010 | Genre: Pop
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