Entretien avec: Christophe Danthinne (Chant)
Thibault: Avant toute chose, peux-tu me parler du départ du groupe, au début des années 2000. Qui se cache derrière Showstar ?
Christophe Danthinne: Un groupe de types qui s’ennuyaient ferme dans leur petit ville morte. Enfin, je dis types … au début, c’était une jeune demoiselle qui jouait de la basse … le groupe a subit quelques transformations souples depuis les débuts …
Thibault: Depuis quand le line-up s’est-il stabilisé ? Qui compose le groupe désormais ?
Christophe Danthinne:Le line-up bouge depuis le début (je suis le seul rescapé), il s’est stabilisé avec le deuxième album (en 2006) et le groupe actuel joue ensemble depuis environ deux ans (le temps de l’ecriture de Think Ringo, en fait). Deux guitares (David et Laurent, le petit dernier), une guitare basse (Antoni), une belle batterie (Didier) et moi qui fait le saltimbanque.
Thibault: Le saltimbanque ? Tu veux dire par là que tu ne joues pas d’autres instruments que de ta voix, et que tu t’occupes en faisant le pitre ?
Christophe Danthinne: Tu as tout compris.
Thibault: Le changement de line-up a-t-il fait évoluer la musique du groupe ou reste-t-elle sensiblement la même depuis le début ?
Christophe Danthinne: C’est dans le même esprit. Et c’est ça qui est assez étonnant. Faire de la musique, ça reste un acte collectif pour nous. On a les mêmes sensibilités musicales.
Thibault: Du coup, tout le monde y met du sien pour composer les morceaux ? Comment vous organisez-vous au sein du groupe, à ce sujet ?
Christophe Danthinne: C’est vraiment collectif. Pour cet album, les guitaristes amenaient une idée, un riff, n’importe quoi. Et ensemble, on construisait les chansons. De manière instrumentale, d’abord. Puis, je rajoutais quelques mélodies. On a essayé de ne rien s’interdire. Pour voir. On s’est retranché quelques semaines hors du monde et on a écrit l’album
Thibault: A l’écoute de l’album, il est clair que l’on ressent cet effort collectif. Personne ne tire la couverture de son côté et vous semblez tous prendre un plaisir fou à jouer ensemble.
Christophe Danthinne: Ce plaisir se ressent de manière encore plus évidente en live. Il se passe vraiment quelque chose quand on fait de la musique ensemble. On a beau avoir nos personnalités (fortes) dans la vie, dans les conflits que ce type de composition engendre, dans les décisions collectives a prendre … tout se règle toujours en jouant, en répétition, sur scène …
Thibault: Quel premier regard tires-tu sur votre troisième disque à l’approche de sa sortie? Satisfaits du résultat final ?
Christophe Danthinne: On s’est donné les moyens d’être satisfait : on a pris notre temps, écrit un maximum de chansons pour pouvoir vraiment choisir, retravaillé avec Gareth Parton (qui avait déjà produit l’album précédent) … On y a mis tout ce qu’on avait pendant deux ans. Et ce serait impensable pour nous de sortir un album dont on ne serait pas fier, qu’on ne pourrait pas défendre bec et ongles … Donc, oui, on aime cet album. Et on aime les première réactions qu’il suscite.
Thibault: C’est toujours un peu cliché de poser cette question, mais est-ce que tu penses que le groupe a encore gagné en maturité depuis votre album de 2006 ? Ou as-tu l’impression que Showstar a trouvé son rythme depuis déjà un bon moment ?
Christophe Danthinne: Difficile de juger, vu que le groupe n’a jamais été véritablement le même pour chaque album … Je ne parlerai donc pas de maturation mais plutot d’évolution. Qui me se semble aller dans le bon sens, ceci dit …
Thibault: Une chose est sûre, ‘Think Ringo’ ne s’oublie pas tant il semble déphasé par rapport à l’époque musicale actuelle. Vous, vous semblez encore fidèles au son british-rock des années 90. On ne peut pas pousser la comparaison à des groupes comme Blur ou Oasis mais finalement, vous êtes un peu les héritiers de cette période, non ?
Christophe Danthinne: Si on considère que Blur et Oasis sont eux-mêmes des héritiers des Kinks, des Beatles, des Small Faces, des Zombies … alors, on est dans la même famille, oui … Et ce n’est effectivement pas très « tendance ».
Thibault: C’est certain que ce n’est pas ce qui est le plus vendeur aujourd’hui. Qu’importe, le vrai point fort du disque, ce sont justement ce mélange d’influences. La simplicité des années 60, le son intense des années 90. C’est votre univers et vous y allez à fond. J’imagine de ce côté là que Gareth Parton – producteur de The Go! Team, Foals, Pete & The Pirates, …) a été d’une aide précieuse pour mettre en valeur votre musique ?
Christophe Danthinne: ‘Think Ringo’, ça vient de lui, à la base. Pour l’enregistrement de ‘Dot’ en 2006, il sortait souvent cette phrase à notre batteur quand celui-ci se sentait plutôt pousser des ailes de Keith Moon … Lors de l’écriture de ‘Think Ringo’, on avait décidé de ne rien s’interdire, d’expérimenter, de trouver d’autres voies …(en s’imaginant peut-être que la musique compliquée était davantage prise au sérieux), mais au fil du temps, cette phrase revenait sans cesse dans nos discussions. Think Ringo, pense simplement.
Thibault: L’album est un nid à hits. Vous cherchiez depuis longtemps « la pop-song parfaite », et je crois que, pour le coup, nous sommes servis de ce côté-là. Sans être péjoratif, on peut dire que vous délivrez beaucoup de singles potentiels là.
Christophe Danthinne: Puisse les dieux des radios etre de ton avis !
Thibault: Finalement, vous prenez beaucoup de risques avec ce disque face à la hype, face à l’incursion de l’électronique dans tous les courants musicaux, face à la mode des surproductions orchestrées par les Animal Collective, Grizzly Bear et consorts. Ils deviennent rares les groupes comme vous. Quel avis portes-tu d’ailleurs sur tous ces nouveaux groupes, cette mode musicale actuelle ?
Christophe Danthinne: Waow, j’en ai vu passer des hypes ! Et ça continue … ça gonfle même … Mais dans chaque hype, on peut trouver des choses intéressantes .. si on passe au delà des avis des bien-pensants. j’aime Grizzly Bear mais pas Animal Collective, par exemple .. Je reste un passionné de musique donc tout m’intéresse et j’ai la chance de pouvoir faire la musique que j’aime avec Showstar, en toute liberté, sans la pression d’un type qui te dira « Ouh là, faut pas faire ça comme ça, faut t’habiller ainsi, te montrer a tel endroit .. »
Thibault: Tu t’imagines pas un jour te mettre au vocoder et enfiler des boucles életroniques sur un album de Showstar ?
Christophe Danthinne: Plutôt élever des chèvres au Pays de Galles.
Thibault: Bon, en parlant de chèvres, revenons en à nos moutons avec votre album. Quelque chose m’a surpris dès la fin de la première écoute et plutôt dans le bon sens. Vous avez totalement laissé tomber l’exercice traditionnel de la ballade pop. C’était une volonté de votre part, ou une simple coïncidence ?
Christophe Danthinne: Notre premier album a été vite résumé à un morceau, une ballade pop. Usant. Le deuxième album était plus sombre, plus gris. Les ballades étaient plutôt funèbres. Pour ‘Think Ringo’, on voulait un album plus direct, plus bondissant. Un album d’été. Et lorsqu’on a choisi les 10 chansons parmi la trentaine qu’on avait écrit, les plus emballantes se sont imposées d’emblée …
Thibault: On regrette parfois que l’intensité ne retombe pas, mais c’est en partie compensé par une variation de rythmes intéressants. Des hymnes de stade, des pop-songs sautillantes, mais aussi quelques morceaux plus aériens et plus sombres comme « Think Ringo » ou « Residents Of The Lost Club ». Il y en a pour tous les goûts et c’est relativement accessible au plus grand nombre. Vous cherchez à ne pas vous limiter à un seul type de public ?
Christophe Danthinne: En fait, rien n’est vraiment calculé. Ni calibré. Il se trouve qu’on aime les pop songs et que, surtout, on prend plaisir à en écrire. A partir de là, tant mieux si elles rencontrent leur public (comme on doit dire maintenant). Tant pis si cela doit décevoir mais on écrit d’abord les chansons pour nous. Démarche très égoïste mais essentielle pour notre santé mentale.
Thibault: En revanche, on a l’impression que la plupart des morceaux, pour ne pas dire tous, sont quand même crées dans l’idée de prendre son pied sur scène. C’est juste ?
Christophe Danthinne: Les chansons sont souvent écrites dans des conditions du live, à l’énergie. Loin du songwriter barbu qui vient timidement présenter ses compos à ses compagnons d’infortune (je n’ai rien contre les barbus). Donc forcément, ça transpire. Et puis moi, je n’aime pas les spectacles morts.
Thibault: Avec la sortie du disque, j’imagine que vous organisez une tournée ?
Christophe Danthinne: Oui, on est en train. Mais c’est difficile, puisque nous avons tendance à faire beaucoup de choses par nous-mêmes.
Thibault: J’ai lu que vous aviez déjà tourné en première partie des Maximo Park, des Thrills, des Rakes … C’est plutôt gratifiant.
Christophe Danthinne: Ce groupe a un gros défaut, il ne sait pas dire non aux invitations. Le moindre communiant qui nous invite pour sa fête et, hop, on n’est pas loin d’accepter. On a du suivre une thérapie.
Thibault: Vous acceptez de jouer pour les mariages, les anniversaires, même au rayon surgelé des grandes surfaces ?
Christophe Danthinne: Tu n’imagines pas dans quelles galères on s’est déjà retrouvé ! Heureusement que nous sommes assez friands de boissons alcoolisées (avec modération) qui nous ont bien aidé à surmonter certains caps …
Thibault: Tu peux m’éclairer un peu plus, je suis d’humeur à rire …
Christophe Danthinne: Le psycho-thérapeute du groupe a décidé qu’on devait tirer un trait sur cette période. Au risque de replonger …
Thibault: Rassure moi, vous n’avez pas vraiment de psycho-thérapeute ?
Christophe Danthinne: Toi, tu n’as pas vu Some Kind of Monster !
Thibault: Non, effectivement. En même temps, je déteste déjà assez Metallica comme ça pour ne pas me farcir en plus leurs petites histoires … Bref, oublions.
Christophe Danthinne: Je déteste Metallica mais tout membre d’un groupe ou toute personne qui s’interesse à la musique en général, se doit de le voir ! Hilarant !
Thibault: Bien, je note! En attendant, ‘Think Ringo’ sort le 15 février. Uniquement en Belgique ou dans d’autres pays également ?
Christophe Danthinne: ‘Think Ringo’ sort le 15 février au Benelux, en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. En France, nous n’avons qu’une distribution pour l’instant. Pour les autres territoires, c’est encore plus difficile. Même si ‘Dot’, l’album précédent, est sorti en Angleterre, au Japon, en Thaïlande, en Suède, etc …
Thibault: Je ne suis pas un spécialiste, mais est-ce que les plateformes numériques comme Itunes vous aide, dans votre cas, à diffuser et vendre votre musique ?
Christophe Danthinne: Pour l’instant, non. La plupart de nos ventes se font en magasin (peu), via notre site (plus) et lors des concerts (beaucoup). Les plateformes numériques, c’est surtout pour des singles, me semble-t-il. Les gens y achètent plus morceau par morceau, alors qu’on aime réflechir nous, à un album cohérent, avec un horde de morceaux.
Thibault: Il est temps pour moi de te demander de répondre à quelques propositions inutiles. Je suis désolé, mais tout le monde y a eu droit, y a droit, et y aura droit. Bien si tu devais choisir:
Christophe Danthinne:
– Un artiste: Stan Laurel
- Un artiste en rapport avec la musique: Adolphe Sax (ça fera plaisir à Antoni !)
- Une chanson : A Drinking Song – Divine Comedy
- Une de vos chansons : Residents of The Lost Club
- Un plat : des sushis sauce lapin
- Un animal : le lynx !
- Une réplique : « Rosebud »
- Une boisson: pourquoi une ?
- Un pays : L’Atlantide
- Un rêve : Dormir debout
- Un sport : Le second degré
- Un film : The Party
- Une personnalité à tuer : dieu
Thibault: Qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?
Christophe Danthinne: De l’électro minimale Est-allemande, totalement inconnue, une vraie tuerie (Suis-je crédible ?)
Thibault: La Belgique n’est pas qu’un pays de moules-frites. Vous disposez d’une sacrée pléiade de bons artistes (Absynthe Minded, The Go Find, Admiral Freebee, et j’en passe …) ? Tu as des préférences ?
Christophe Danthinne: Non.
Thibault: Bien. Tu souhaites rajouter quelque chose pour terminer ? Une connerie, une phrase de promotion ?
Christophe Danthinne: Les deux vont souvent de pair.
Thibault: Ce sont tes derniers mots ?
Christophe Danthinne: Oui Jean-Pierre.
Thibault: Parfait, merci beaucoup.
http://www.myspace.com/showstarshowstar
Chronique de ‘Think Ringo’, sortie le 15 février 2010

























































