
L’année 2008 débutait sur les chapeaux de roue pour les frères Coen avec leur thriller électrique ‘No Country For Old Men’ et s’achevait sur la sympathique plaisanterie ‘Burn After Reading’. Pour commencer 2010, les deux réalisateurs offrent à un père de famille juif un aller simple divertissant et chaotique vers l’enfer.

Synopsis:
1967. Larry Gopnik, professeur de physique dans une petite université du Midwest, vient d’apprendre que sa femme Judith allait le quitter. Elle est tombée amoureuse d’une de ses connaissances, le pontifiant Sy Ableman. Arthur, le frère de Larry, est incapable de travailler et dort sur le canapé. Danny, son fils, a des problèmes de discipline à l’école hébraïque, et sa fille Sarah vole dans son portefeuille car elle a l’intention de se faire refaire le nez. Pendant ce temps, Larry reçoit à la fac des lettres anonymes visant à empêcher sa titularisation, et un étudiant veut le soudoyer pour obtenir son diplôme. Luttant désespérément pour trouver un équilibre, Larry cherche conseil auprès de trois rabbins. Qui l’aidera à faire face à ses malheurs et à devenir un mensch, un homme bien ?
Critique:
Comme souvent quand il s’agit de Joel & Ethan Coen, le ton, l’humour et les idées qu’ils développent laissent une impression unique et étrange. Même complètement inhibés par leur grain de folie et leur sens du décalage, ‘A Serious Man’ possède à son tour des zones de floues et l’interprétation du film relève plus que jamais d’une compréhension personnelle. S’il ne fait aucun doute que leur nouveau long métrage s’inscrit dans le registre de la comédie, il se situe dans une zone étroite et presque inaccessible où le gag, la blague et l’improbable sont submergés par un genre de psychose très sombre. L’immense force de leur film tient avant toute chose dans le calme et le sadisme avec lequel les frères Coen mettent en situation la détresse de leur héros Larry Gopnik. Quelque soit son discours et ses faits, l’enfer lui colle à la peau et chaque personnage semble être un allié du diable. Sans aucune sensation de violence, Larry ne peut qu’observer sa longue et lente chute dans le désespoir. Plus encore que les différentes actions qui le poussent dans cet état – une demande de divorce, des proches aux situations difficilement gérables – c’est l’acharnement du mauvais sort contre lui qui provoque le sourire.
A travers cette réalisation, les deux cinéastes excellent pour dégager sobrement un conte et une aventure d’un quotidien réel peu palpitant. Très vite, ‘A Serious Man’ se sépare de son étiquette de comédie pour devenir un divertissement philosophique et réfléchi. Même si une forme de démence et de mystère entourent la plupart des protagonistes à des degrés bien différents, ils ne sont rapidement plus qu’un décor amusant de l’histoire. Mais à partir du moment où le père de famille se met en quête d’un équilibre indéfini, les frères Coen sombrent dans des réflexions excessivement complexes. L’étrange et l’énigmatique deviennent si présents dans l’introspection de Larry sur le sens de sa vie qu’on finit par perdre le fil. A chercher à ne rien résoudre, à laisser en suspens les interrogations, il devient difficile de discerner les éclairs de génie de la farce intellectuelle. Si le plan final bouscule, dérange et donne un ton extrêmement personnel à leur film, le goût amer et étrange qu’il laisse dans la bouche laisse un petit goût d’inachevé, qu’il faut toutefois accepter.
Plus que sur l’instant, ‘A Serious Man’ se savoure avec recul et analyse. L’atmosphère absorbe tellement l’esprit, lui demande si souvent de comprendre et d’interpréter des messages codés, qu’il est impossible de profiter simplement des déboires du personnage principal. Entrecoupé de passages ennuyeux à défaut de n’avoir aucune utilité, il reste à souligner la réussite globale d’un exercice de style difficile que seuls les frères Coen pouvaient envisager.
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Titre français: A Serious Man
Avec: Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, …
Sortie: 20 Janvier 2010 | Durée: 1 h 45
Genre: Comédie, Drame
Réalisateur: Joel Coen & Ethan Coen | Infos: Allociné
Autres chroniques: P.Cinéma – T. Raison – Nicolinux – L.M – P.Society






































































