Arnaud-Fleurent Didier - La Reproduction (2010)

Cinq ans après l’album ‘Portrait Du Jeune Homme En Artiste’, le nouvel opus de Arnaud Fleurent-Didier profite d’une certaine hystérie médiatique grâce à un single remarqué et remarquable. Un coup de génie qui cache un immense coup de bluff. Avec sa seule pépite isolée parmi les mélodies boulimiques et indigestes de ‘La Reproduction’, le chanteur perd bien vite son charme et son talent. Dommage.

La violence de la désillusion est d’autant plus importante que l’illusion est belle. Ici, elle est splendide. Lorsque s’ouvre ‘La Reproduction’, il saute aux yeux qu’Arnaud Fleurent-Didier tient les clés de la réussite. Les clés de la chanson française tout simplement. Sous une orchestration dantesque où pleuvent les cordes, l’artiste porte le poids des mots avec vigueur et élégance. Il livre une première composition insolente d’excellence, évoquant anciennes et nouvelles générations de la chansons française, le chic des sixties et les inspiration de la nouvelle scène française (« France Culture »). Un joyau en tête d’un disque à la silhouette, déjà, de grand classique. Mais voilà que brusquement tout s’effondre. Usant et abusant d’une fausse naïveté parfois, d’un parler excessivement irritant, l’intensité du disque redescend et ‘La Reproduction’ ne forme finalement rien d’autre qu’une contrefaçon de luxe. Contrefaçon de luxe au sens où les textes ne retrouvant jamais la puissance du titre introductif, la richesse et variété des arrangements créent un décalage gênant, voir absurde.

Quand bien même certains thèmes et sujets invoquent logiquement une forme de légèreté ou de relâchement, Arnaud-Fleurent Didier se transforme en un personnage trop futile, trop enjoué, presque ridicule dans l’orgie de cordes et la finesse de l’instrumentation (« Imbécile Heureux », « Mémé 68″, « Pepe 44″). Dès l’instant où l’artiste sort de sa retenue, ses compositions deviennent des abris à artifices, un maquillage horripilant. Qu’il l’ait souhaité ou non, sa musique transpire à grosse gouttes de ses excès prétentieux et de son relâchement trop confiant. Dans l’incapacité de se tourner vers des mélodies minimalistes, le décalage entre les accords instrumentaux et sa narration commence par se creuser dangereusement (« Risotto Aux Courgettes », « Je Vais Au Cinéma »), jusqu’au moment où la vedette chute dans le gouffre du mauvais goût et recyclage insipide (« My Space Oddity »). Quand le ton redevient mélancolique, que la voix d’Arnaud-Fleurent Didier se stabilise à nouveau, qu’il semble enfin s’adapter au moule de ses mélodies, le sex-appeal perçu sur « France Culture » réapparaît par courtes périodes (« L’Origine Du Monde », « Reproductions », « Ne Sois Pas Trop Exigeant ») mais se tasse incurablement sous le manque d’humilité des arrangements. Comme par miracle, la seule piste dépouillée que le chanteur s’autorise,  accouche d’un petit bijou (« Si On Se Dit Pas Tout »), d’une beauté simple qu’il cherchait depuis le début.

Pour le plaisir irréel procuré par son introduction, ‘La Reproduction’ pourrait bien être le disque surestimé de l’année 2010. Accroc à la démesure, Arnaud-Fleurent Didier manque de sagesse et de raison pour s’imposer comme un futur taulier de la chanson française. En cherchant à retracer en grand l’histoire de la chanson française depuis cinquante ans, en un seul et même album, l’homme finit par secouer les bras dans le vide, se fatigue et nous fatigue par la même occasion. Du talent compressé par l’ambition.

Sortie: 11 Janvier 2010 | Genre: Chanson Française

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