Beach House - Teen Dream (2010)

Indéniablement envoûtant au début, le nouvel album du duo de Baltimore intitulé ‘Teen Dream’ voit progressivement le charme de ses compositions se faire enterrer par des harmonies vocales au ton incroyablement inflexible et un désintérêt pour les nuances pratiquement phobique. Un manque d’audace forcément surprenant de la part d’un groupe qui a tout pour régner sur le monde de la pop.

La déception concernant ‘Teen Dream’ n’a étrangement rien à voir avec un manque d’intérêt ou une série de défaillances liés aux dix morceaux qui le composent. Les deux artistes maîtrisent leurs gammes sur le bout des doigts et proposent en termes de constructions mélodiques certainement ce qu’il se fait de mieux dans la dream-pop actuelle. Simplement, à se laisser porter indéfiniment par leurs courants mélodiques glacés et mélancoliques, les Beach House finissent par s’enfermer dans un registre imperméable aux contrastes et aux moindres changements. Par conséquent, après s’être laissé transporté un temps par une première vague de titres aériens à leurs côtés, le voyage au bord de mer si beau et reposant perd de sa superbe au fur et à mesures que les minutes défilent. Les décors se répètent inlassablement et se laissent  recouvrir d’un brouillard rythmique tristement monotone. Et quelque soit le sens de lecture de l’album, la question de sa linéarité reste à chaque fois une énigme sans solution. Souvent un signe de réussite, l’homogénéité de ‘Teen Dream’ tire inconsciemment le talent du groupe vers le bas.

Abstraction faite du bloc irritant formé par l’ensemble des titres, pris séparément, ils atteignent chacun une forme de candeur et de perfection sonores mirobolante. Un torrent de rêves poussés par des claviers, des guitares en arpège, parés à étourdir et bercer des esprits en quête d’irréel. Quand les américains produisent des rythmiques carrées, lorsqu’ils visent le hit, leurs compositions paraissent instantanément limpides, imparables. Entraînant, leur premier joyau prend la forme d’un hommage à la Norvège, où plane au dessus de souffles chimériques et de couches sonores distordues une voix pure et glaciale (« Norway »). Que leurs mélodies tournent au ralenti (« Silver Soul », « Walk In The Park », « Zebra », « Lover Of Mine ») ou sautillent, scintillent au contact de notes naïves (« Used To Be », « 10 Mile Stereo »), le chant apporte spontanément aux morceaux une nouvelle dimension, se métamorphosant chacun en une marée symphonique et mélancolique irrésistible. Mais voilà, face à l’impression de se retrouver bien souvent face à un frère jumeau de la piste précédemment écoutée, ce sont finalement une minorité de compositions légèrement en marge qui demeurent les vraies merveilles de ce disque. Un simple débordement de couches de synthèses, et l’univers des Beach House commence à retrouver des couleurs (« Take Care »). Ou à l’inverse, il suffit parfois de savoir dépouiller son jeu , et de prendre enfin des risques vocaux, pour observer des chansons suivre des chemins plus réels et plus chaleureux, où l’amour, l’espoir et la joie semblent – pour ne citer qu’eux -  redevenir des sentiments concrets et accessibles (« Better Times », « Real Love »).

‘Teen Dream’ fera assurément parti des disques de l’année 2010 pour la simple et bonne raison qu’il ne comporte pas de mauvaises chansons, et parce qu’il est né d’un groupe qui s’ouvre à un avenir radieux. Si le duo d’outre Atlantique ne laissait pas leurs compositions s’étouffer dans une seule et unique atmosphère, pesante, assourdissante, nul doute que le plaisir que procure leur premier opus signé chez le label SubPop ne se serait pas évaporé aussi vite.

Sortie: 26 Janvier 2010 | Genre: Pop, Expérimental

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3 comments to Beach House – Teen Dream (2010)

  • Rod

    Je rejoins l’ensemble de l’article. Un album à prendre dans son ensemble comme un long voyage d’une seule chanson, tellement homogène qu’il peut en devenir redondant. Tout ça manque de hauteur singulière. Où sont les morceaux aux instrumentations complexes, aux ambiances délicates et prenantes de leur album éponyme ?

    Mais bordel, Norway est une chanson tellement sublime….

  • T’es un peu comme Benjamin, t’as du mal à aimer les albums en ce début d’année. Surtout celui là ! Pour moi y’a pas d’équivoque, c’est un très grand album… et pourtant les précédents ne m’avaient pas trop convaincus ! (backlink en fin d’article) ;-)

  • Azralth

    A la première écoute, ce disque me paraissait d’un ennuie mortel. Les morceaux se suivaient, et se ressemblaient. Aucune folie, trop linéaire, j’avais décidé de jeter l’album dans les oubliettes.

    Et puis j’ai pas laissé tombé, je suis revenu dessus quelques jours plus tard, et déjà la sauce prenait un peu plus.
    Une semaine après, je n’écoutais plus, et écoute encore que cette album en continue. Impossible de m’arrêter. Je crois très fort que c’est peut-être le meilleur album de cette année.

    Il fait partie de ces disques qui s’écoutent, et se ré-écoutent à l’infini pour y découvrir à chaque fois quelque chose qui nous avait échappé. Une ambiance, des sons, des instants ou, aller savoir pourquoi on est passé à coté.
    C’est comme ouvrir une boite en carton et y découvrir une surprise qui contient elle aussi un autre carton ou se cachent d’autres surprises.
    Ça ne s’arrête jamais, et c’est ce qui est merveilleux avec cette album.
    Tout est sublime, et ce que je prenais comme de la similitude entre les morceaux se révèle être des objets uniques, fragiles, qui produisent exaltation, transe, frénésie, douceur et un transport qui me porte loin, et toujours plus loin à chaque nouvelle écoute.

    Il y à longtemps que j’avais pas autant aimé un disque.
    Alors essayer d’y revenir, parce que vous risqueriez de passer à coté de quelque chose de très grand.

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