
Il aura fallu un peu plus de quatre ans pour que les salles de cinéma accueillent un nouveau film de Jim Jarmusch. Et pour succéder à la comédie inoubliable et décalée ‘Broken Flowers’, l’américain revient avec ‘The Limits Of Control’, un semblant de thriller mono-rythmique, obsédant et irritant, qui place pour de bon le cinéaste sur le podium de l’atypisme et du mystère.

Synopsis:
L’histoire d’un mystérieux homme solitaire (Isaach de Bankolé), dont les activités restent en dehors de la légalité. Il est sur le point d’achever une mission, dont l’objet n’est pas dévoilé. A la fois concentré et rêveur, notre homme accomplit un voyage à travers l’Espagne, mais aussi à l’intérieur de sa conscience…
Critique:
Il faut quand même un sacré culot et être imbibé d’une once de folie pour en arriver à réaliser des films comme celui-ci. Il faut être Jim Jarmusch, en fait. Quand ‘Broken Flowers‘ sort dans les salles de cinéma en 2005, le cinéaste américain sortait une comédie hilarante, susceptible de rassembler un public large malgré son ton et sa réalisation singulière. On se dit alors que Jarmusch souhaite peut-être mettre son talent et ses concepts inhabituels au service de films légèrement plus populaires. Si jamais ce fut le cas, ça ne l’est plus, mais alors plus du tout. Avec ‘The Limits Of Control’, l’homme vient certainement de sortir son OVNI le plus tordu, inaccessible, intriguant. Et si il ne demeure probablement pas le film le plus emmerdant de l’année, il doit certainement rester celui qui occasionne le plus de frustration. Car ce sont deux heures de purge qui nous sont offertes, deux heures où l’on essaye vaillamment de comprendre un semblant d’histoire et de résoudre des énigmes dont l’existence même est fortement douteuse. Là où le réalisateur américain fait fort, c’est de réussir à provoquer des interrogations chez le spectateur, un minimum d’intérêt alors que son film repose sur du néant et des procédés volontairement crispants. Tout laisse à penser en tout cas que Jarmusch prend un malin plaisir à nous mettre en rogne.
De la première à la dernière seconde, le scénario prend des formes vagues et se soumet surtout à l’amour du cinéaste pour les séquences à répétition. Le mystérieux homme solitaire, interprété froidement par l’excellent Isaach De Bankolé, entreprend dans chaque ville espagnole les mêmes actions, avec calme, sérieux, patience. Non seulement le procédé de la redondance a de quoi rendre fou, mais le vice est poussé plus loin. Rien dans le film n’offre le moindre soulagement, la moindre bouffée d’oxygène. Les dialogues, très peu nombreux, proches de l’absurde et recouverts de mystère, sont délivrés par des personnages plus louches et indéfinissables les uns que les autres, à l’image d’une nymphomane qui suit le personnage principal tout le long, et tente, dénudée, de le déstabiliser par tous les moyens. Ensuite, jamais l’Espagne n’est apparue aussi quelconque, pour ne pas dire moche. Pratiquement aucun signe de vie, aucune trace d’exotisme ou de chaleur. Uniquement quelques rues à moitié délabrées, des stations de trains, des musées, des cafés, où le héros s’arrête sous fond de musique saturée dégueulasse. Mais ce qui laisse planer le plus de doutes sur l’état mental de Jarmusch – au moment de réaliser le film en tout cas – c’est le jeu qu’il entretient avec nous par ses vraies-fausses énigmes. En effet, les deux heures du film reposent sur des échanges de boîtes d’allumettes contenant de petits messages laissés à l’abri de notre regard, que le héros mystérieux s’empresse d’avaler après avoir systématiquement commandé deux cafés. Tout porte à croire que cette habitude mérite son importance, mais il n’en est rien, ou plus exactement, on ne sera jamais si ça méritait une quelconque attention. Comme seul dédommagement à toute notre souffrance – comme un clin d’œil amical après cette torture mentale – Jarmusch fera intervenir Bill Murray dans la dernière scène, qui en posant simplement une perruque sur un vieux crâne décorant son bureau, n’aura aucun mal à nous arracher un bref sourire. Un peu maigre l’excuse quand même.
Malgré toutes les critiques que l’on pourrait formuler facilement et légitimement sur ‘The Limits Of Control’, c’est un film qui a le mérite d’exister dans la filmographie de Jim Jarmusch. Le réalisateur a poussé ses concepts et différents procédés cinématographiques à l’extrême, mais ne tombe en tout cas pas dans le snobisme et l’élitisme gratuit. En revanche, s’il pouvait désormais ne plus réitérer ce genre d’expérience, tout le monde lui en serait reconnaissant.
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Sortie: 02 Décembre 2009 | Genre: Thriller | Réalisateur: Jim Jarmusch | Infos: Allociné
Durée: 1 h 56
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Je pense qu’on est tout à fait d’accord, c’est un film chiant (j »ai lutté pour ne pas dormir…), mais passionnant. L’intégration de l’art moderne dans le film ne doit sans doute rien au hasard, je pense que c’était la prétention de Jarmush. Bon du coup, j’approuve à 200 % ta phrase de conclusion, c’est tout à fait ça !
Sinon, merci pour le lien, mais je m’indigne, en quoi ma version serait plus pertinente que la tienne ??
Pour moi, Jarmusch est arrivé à ce qu’il recherche depuis le début : mêler art contemporain et cinéma. Comme si il cherchait une rupture avec le cinéma « traditionnel ».
Et tout va dans ce sens, des tableaux figuratifs aux tableaux abstraits jusqu’à l’hyper contemporain qui conclue le film.
Il met du Boris, du drone, qui abolit l’idée de mélodie et de rythme pour travailler l’ambiance.
C’est un film purement métaphysique et contemplatif, esthétiquement parfait (la scène du Flamenco fait chialer, quand même).
Il m’a fait penser à du Tarkovski, et Stalker surtout, en fait. Et à la suite logique de Dead Man.
C’est un parti pris artistique, une sorte de manifeste pour l’abstrait et la rupture, et une déclaration d’amour à l’inutile et à l’absurde.
Je me suis même pas ennuyé en plus.