
Pour son nouvel album ‘IRM’, Charlotte Gainsbourg a fait appel à une pointure américaine en la personne de Beck. Un choix de luxe qui assure à la française d’assouvir sans crainte son désir d’explorer une multitude de contrées musicales, quitte à perdre en cohérence. Car si effectivement le duo réalise sur chaque piste un travail surprenant et minutieux, ce nouvel opus a tendance à partir un peu trop sciemment dans tous les sens et se confronte finalement à l’impasse du temps malgré une première écoute étonnante.

Normalement, on ne pourrait que se réjouir d’observer une artiste comme Charlotte Gainsbourg se démener pour ne pas se vautrer confortablement dans le formatage et dans la facilité. A la première écoute de ‘IRM’, la satisfaction demeure d’ailleurs entière et s’accompagne même d’un agréable effet de surprise. Beck se plie aux « caprices » de la fille de Jane Birkin en la jouant fine, sobre et en s’accordant au mieux à son timbre de voix doux et éthéré. Quatorze titres défilent et montrent de l’ambition, de la maîtrise, des prises de liberté, et aucune faute de goût n’est à déplorer. Autant d’éléments réunis qui n’apportent pourtant pas le même plaisir suite à de nouvelles écoutes. Sans pouvoir la soupçonner d’égoïsme, Charlotte Gainsbourg, soumises à ses envies de tout faire et tout faire bien, oublie le sens de l’équilibre, et inconsciemment, le public. ‘IRM’ devient très vite un contre-exemple sans nuance du disque dit conformiste, finit par souffrir de sa variété et de l’absence d’un fil rouge, aussi fin ce dernier peut-il être. Les deux artistes sabotent involontairement la durée de vie de ce nouvel album, faisant malheureusement chuter dans l’oubli les efforts et différentes inspirations qui transpirent des différentes chansons.
Parce que indéniablement, la collaboration franco-américaine a de quoi rendre fou de jalousies bon nombre d’artistes, plus encore quand l’on voit Charlotte Gainsbourg parvenir à s’affirmer, malgré sa voix fluette, à côté du monstre sacré que peut représenter Beck. Lui, en même temps, ne cherche pas à imposer ses choix, bien au contraire. Il a décidé de se mettre au service d’une chanteuse et l’assume avec visiblement beaucoup de plaisir. De la production au travail de composition, l’homme sait tout faire et peut se permettre d’offrir un champ musical riche et vaste. Et lorsque l’on est une artiste exigeante, talentueuse et animée de nombreux souhaits, difficile de se poser des limites et de ne pas se laisser envahir par la tentation de pouvoir tout réaliser. Et en effet, isolés, les morceaux ne manquent ni d’allure, ni d’efficacité. Tous les univers et registres musicaux y passent. Hormis un tube pop groovy avec refrain imparable à la clé (« Heaven Can Wait » ft Beck), le reste est pour le moins déroutant. Tour-à-tour, la douce voix de Charlotte Gainsbourg traverse des sonorités tribales (« Master’s Hand »), rejoint les vieux démons psyché-rock de Beck (« IRM », « Trick Pony », « Greenwich Mean Time »), parcoure l’orient (« Voyage »), s’élève sur des mélodies cinématographiques (« Vanities »), se déhanche sur la county-folk d’un saloon (« Dandelion »), se frotte au blues acide façon The Deadweather et illumine des comptines pop-folk désinvoltes (« Me And Jane Doe »), lancinantes (« Time Of The Assassins ») ou sombres minimalistes (« In The End »). Elle privilégie bien souvent l’anglais, mais propose néanmoins deux titres français, eux aussi bien loin du conformisme de la variété, beaucoup plus proches des chansons de la nouvelle scène française (« La Collectionneuse », « Le Chat Du Café Des Artistes »).
‘IRM’ est un disque qui ne supporte pas le temps et qui s’étouffe dans sa diversité. La majorité des titres pourrait constituer le début d’un nouvel album. Cette ballade à travers les styles, les genres, est gracieuse, énergisante, intelligente, mais ne forme finalement qu’une compilation best-of trop hétérogène. A défaut de le consommer en intégralité, il sera toujours agréable de se repasser suivant l’humeur, et isolés, ces quatorze titres qui méritent le détour.
Sortie: 08 Décembre 2009 | Genre: Expérimental, Pop, Rock, Folk
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