Bob Dylan lui même a craqué pour la déesse du R&B actuelle, lui dédiant une ligne sur « Thunder On The Mountain », ouverture de son album ‘Modern Times’. Pour cause, outre son assommante beauté, outre son timbre de voix phénoménal, Alicia Keys a en quelques albums tenté d’apporter une certaine fraîcheur et subtilité au R&B féminin et à la soul américaine. Si l’on peut saluer l’effort, son répertoire souffrait jusqu’à aujourd’hui de comporter bon nombre de jolies compositions, mais qui restaient creuses et ennuyantes. En se voulant beaucoup plus tubesque, ‘The Element Of Freedom’ tend à changer la donne et permet enfin à Alicia de prendre une nouvelle dimension. Celle qu’elle mérite depuis des années, en fait.

Jusqu’à cet album, longtemps le profil d’Alicia Keys a ressemblé en bien des points à celui de Norah Jones. Fortement médiatisées toutes les deux, des millions de disques vendus, le tout avec une démarche artistique à laquelle le milieu musical mainstream n’adhère pas forcément. Les félicitations sont de rigueur dans ce cas là puisqu’elles ont toutes les deux pu prouver à leur manière que l’exigence musicale n’appartenait pas uniquement au milieu indé. Pourtant – et sans non plus tomber dans le catastrophisme – leurs disques aussi se ressemblent, et présentent un même défaut récurrent, celui de manquer, malgré un soin permanent, d’entrain, de force et de saveur. Si la fille de Sue Jones – pourtant bien entourée – n’a pas encore su donner à sa musique un relief encore suffisant avec ‘The Fall’, il semble qu’Alicia Keys ait définitivement sauté le pas. Les rythmes sont plus percutants, le groove plus présent, les mélodies plus catchy, la tracklist équilibrée. Conséquence directe, ‘The Element Of Freedom’ se présente comme son opus le plus puissant et le plus entraînant. Certains regretteront certainement la forme un peu plus dansante et artificielle adoptée par certaines de ses nouvelles compositions, mais ce sont probablement celles qui lui sied le mieux aujourd’hui.
En tout cas, il y a certains aspects de sa musique qui ne changeront certainement jamais, à savoir un goût plus que jamais prononcé pour le piano et un rapport justesse/puissance vocale tout simplement inégalable à l’heure d’aujourd’hui. En revanche, elle ne se contente plus des chansons soul et R&B qui ont tracé son succès, et s’engouffre désormais dans des expériences aériennes inédites, prises d’une dynamique presque trip-hop (« Love Is Blind », « Un-thinkable (I’m Ready) »), électro-pop (« Wait Til You See Me Smile »), sublimes et sublimées par une voix gargantuesque sans limite. De quoi donner des idées pour la suite de sa carrière. En attendant, elle dissémine avec une certaine intelligence – et plus qu’à l’accoutumée – des singles potentiels R&B. Des morceaux addictifs et affirmés qui suivent des lignées un peu différentes, aussi proches de morceaux upbeat façon « No One » de ‘As I Am’ (« Doesn’t Mean Anything », « Through It All ») qu’orientés dancefloor (« Put In A Love Song » ft. Beyonce) ou soul et rétro (« This Bed »). Même une version solo et alternative du nouvel hymne de New-York orchestré à la base par Jay-Z y passe (« Empire State Of Mind (Part II) Broken Down »). L’autre moitié du disque se compose de titres au tempo plus doux et aux allures plus gracieuses. Elle retombe bien dans certains de ses travers avec des ballades intimistes profondément ennuyantes, même derrière sa voix d’ange (« Distance and Time », « That’s How Strong My Love Is »), n’échappe pas non plus au single radio insipide au possible (« Try Sleeping With A Broken Heart »), mais ne s’en sort pas si mal par la suite. Sans révolutionner l’exercice des ballades R&B, l’ampleur du son et le feeling vocal de la diva finissent par faire pencher la balance du bon côté (« Like The Sea », « Love Is My Desease », « How It Feels To Fly », « Pray For Forgiveness »).
‘The Element Of Freedom’ ne correspond donc pas à une sortie inutile à la veille des fêtes de Noël, et marque tranquillement le début d’une nouvelle ère pour Alicia Keys. Pour la première fois depuis le début de sa carrière, elle semble enfin se lâcher en découvrant de nouvelles sonorités et en formulant de nouveaux désirs. Si elle ne renie jamais ce qui a fait d’elle ce qu’elle est, elle prouve qu’elle est prête à s’écarter de la route R&B sans perdre en efficacité. Une montée en puissance évidente et une bouffée d’oxygène pour elle comme pour nous.
Note: chronique basée sur la version DELUXE de l’album.
Sortie: 11 Décembre 2009 | Genre: Soul, R&B
Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: Actu Musique SFR







































































[...] la suite de l’article Alicia Keys – The Element Of Freedom (2009) | La Quenelle Culturelle sur le site l’auteur Related Posts:Alicia Keys – The Element Of Freedom (2009) | La [...]
Ben si je pensais un jour aller écouter un album d’Alicia Keys.. Je file écouter les titres presque trip hop