La Route (2009)

Adapté du livre ‘The Road’ de Cormac Mc Carthy – également l’auteur du fameux ‘No Country For Old Men’ – le long métrage de John Hillcoat nous plonge dans un monde dévasté aux côtés d’un Viggo Mortensen dont la prestation lumineuse glisse un faux espoir nécessaire pour combattre deux heures d’errances déprimantes.

Synopsis:

Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s’est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d’un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d’énergie, plus de végétation, plus de nourriture… Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. C’est dans ce décor d’apocalypse qu’un père (Viggo Mortensen) et son fils (Kodi Smit-McPhee) errent en poussant devant eux un caddie rempli d’objets hétéroclites – le peu qu’ils ont pu sauver et qu’ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L’humanité est retournée à la barbarie. Alors qu’ils suivent une ancienne autoroute menant vers l’océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n’a ni but ni espoir, il s’efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.

Critique:

En quittant la salle de cinéma, il ne reste qu’un seul et unique regret, celui qui consiste à penser que le film manque peut-être encore un peu de personnalité pour toucher à l’excellence. C’est en fait un problème logique et récurrent lorsqu’il est question de s’attaquer à une adaptation de roman. Il faut savoir respecter l’œuvre originale tout en sachant s’en éloigner assez pour ne pas reproduire à l’écran un simple copier/coller. Bien qu’informé par un ami que des changements apparaissent dans la version grand écran, il manque à la réalisation et au déroulement de l’histoire quelque chose qui nous permettrait d’oublier que le film de Hillcoat se base sur un bouquin. Bien souvent, la succession d’évènements s’apparente à une succession de chapitres qui manque un brin de relief, comme si les passages les plus déterminants et marquants du bouquin étaient empilés bout-à-bout pour s’approcher au mieux d’un genre de séquences best-of. Sans doute aurait-il été possible de briser davantage la linéarité du récit proposé, à l’image des frères Coen qui avec leur chef d’œuvre ‘No Country For Old Men’ sont parvenus à faire disparaître l’idée même d’une quelconque adaptation. En tout cas, exception faite de ce bémol, ‘La Route’ possède largement de quoi captiver un large public.

En se lançant dans cette aventure cinématographique, Hillcoat s’est lancé un vrai défi. Si l’histoire convient certainement très bien au support papier, sa transposition pour le cinéma ne respirait pas l’évidence loin de là. Un monde vide, une poignée de survivants, et surtout aucune trace d’avenir à l’horizon, autant d’éléments prêts à faire tourner le film en rond. Pour remédier à cela et broyer tout éventuel ennui, le réalisateur peut d’abord faire confiance sur un casting irréprochable où brille Viggo Mortensen, qui – avec son rôle de père exemplaire et courageux – a définitivement rangé son costume d’Aragorn au placard. Peut-être aidé par son ossature impressionnante, il porte sur ses épaules un charisme hallucinant. Aussi bien pour la force physique qu’il dégage naturellement que pour la sueur d’émotions qui découle de la justesse de son jeu, Mortensen fait parti des acteurs de la trempe de Joaquin Phoenix, autrement dit des valeurs sûres du cinéma contemporain. Résistant à la tentation de la barbarie et du cannibalisme, il se démène comme un diable pour effacer la grisaille et la brutalité d’un nouveau monde auxquels sont confrontés les yeux de son fils chaque jour. Un monde évidemment fictif, mais captivant et effrayant par la retranscription visuelle ultra-réaliste qui lui est conférée. Des gens nus et maigres enfermés dans des caves prêts à se faire brûler, une femme et un enfant poursuivis par des barbares, des peurs sociales et un environnement complètement détruit. L’horreur des génocides que notre planète a connu, les problèmes environnementaux qui la frappent et des références à la misère quotidienne qui l’habitent rendent les situations du films presque familières, et le film lui-même forcément plus touchant.

Appliqué, John Hillcoat produit une fable désespérée, soignée esthétiquement et au casting bouleversant. Si l’on aurait souhaité un ton plus personnel pour s’isoler définitivement du livre, on ne peut que féliciter la pudeur et le minimalisme avec laquelle il traite le chaos qui s’abat sur ce monde, et pour sa capacité à éviter des clichés et mièvreries qui auraient suffi – à la vue du scénario – à beaucoup de réalisateurs.

3-5

Sortie: 02 Décembre 2009 | Genre: Science-Fiction, Drame | Réalisateur: John Hillcoat | Infos: Allociné

Durée: 1 h 59

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4 comments to La Route (2009)

  • Aller, tu m’a décidé, je vais aller le voir ce weekend, j’avais adorer le bouquin..

  • adaptation effectivement un peu sage, et forcément plus faible que le roman… Mais je me demande s’il était vraiment possible de s’éloigner sans faire un film beaucoup plus hollywoodien, dans l’esprit du très mauvais I’m A Legend. Je pense qu’il valait mieux une adaptation trop fidèle…

    En tout cas, c’est vraiment un roman à lire, un chef d’œuvre d’une rare puissance…

  • j’ai mis la meme note que toi et partage ton avis mitigé.. mais comme j’ai pas aimé le roman, je suis forcément moins déçu que tous ceux qui l’on adoré ! ;-)

  • Yann

    C’est un copier/coller du roman à la virgule près, il n’y a quasiment aucun travail d’adaptation. Le roman est absolument génial, le film ne prend donc pas beaucoup de risques, même si une transposition trop fidèle me faisait un peu peur sur une durée de 2 heures. Finalement, l’ambiance y est parfaitement transposée, presque aussi dérangeante que dans l’ouvrage de base. Pas révolutionnaire mais fidèle et réussi, ce qui n’est que trop rarement le cas.

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