
Se faisant appelé Aufgang, un trio français se lance à la conquête de la musique classique avec l’appui d’armes électroniques, en signant un album éponyme finalement inégal et décevant. Peut-être presque trop talentueux, trop inspirés, ils se lancent sans frein dans une recherche de sons, de rythmes, de mélodies, qui tourne à l’obsessionnelle. De la même manière que Grizzly Bear n’a pas su faire le tri pour décomplexifier leur album ‘Veckatimest’, Aufgang se perd deux fois sur trois en foulant les chemins qui les mènent au génie.

C’est toujours ceux qui sont capables de toucher l’excellence, de l’écraser même, qui paraissent dissocier la simplicité (au sens noble du terme) au talent, au génie. Comme si la simplicité et l’accessibilité d’une musique ne pouvait pas côtoyer l’expérimental, le neuf, le jamais vu. Il suffit de voir par exemple Ramona Falls briller sur ‘Intuit’ et Pure Reason Revolution sur ‘Amor Vincit Omnia‘ cette année pour se convaincre du contraire. Mais comme St Vincent avec ‘Actor’ et Grizzly Bear avec ‘Veckatimest’, Aufgang a choisi les sentiers du gâchis et de l’indigestion. Et pourtant – comme pour intensifier un peu plus la frustration – ils prouvent plusieurs fois qu’ils peuvent proposer une musique riche et originale sans pourtant se contenter de faire plaisir à des auditeurs fans d’expérimental ou à des acharnés de musique progressive. Lorsqu’ils produisent des rythmiques rapides et intenses, sans abuser inutilement de sonorités synthétiques, leurs trouvailles sonores se fondent naturellement dans le décor, et forment aimantés les uns aux autres des mélodies de luxe remarquables (« Channel 7″, « Sonar »). Mais une fois démonstration faite de leur créativité et leur de intelligence, ils s’éparpillent dans une incompréhensible série d’expérimentations, de changements de rythmes, où se croisent avec un goût des plus douteux musique classique et sonorités tuning (« Aufgang »). Ou comment dévaloriser tous les efforts placés sur une composition… L’écart qualitatif entre les différents morceaux demeure si énorme qu’il en devient choquant.
Quand certaines mélodies empilent gracieusement les couches sonores et s’imposent d’elles-mêmes jusqu’à devenir addictives (« Good Generation », « Barock »), d’autres présentent un désordre et un manque d’équilibre tel que l’écoute devient minute après minute de plus en plus difficile. L’album manque de liant dans ses morceaux et peut-être bien d’un peu d’humilité. Les pistes les plus longues et ambitieuses de l’album ne font d’ailleurs pas illusion une seconde, provoquant un ennui systématique. Comment peut-il en être autrement avec d’un côté, une succession de bruits et de notes qui tourne à une démonstration technique dénuée d’émotions (« Channel 8″) et de l’autre, une montée en puissance si longue à se mettre en place qu’on jurerait entendre le piano prendre un malin plaisir à nous torturer (« Soumission »). Enfin, il reste des morceaux, ni bons, ni mauvais, d’une étonnante linéarité pour un groupe autant porté par le grand, le géant, l’immense, le révolutionnaire (« Prélude Du Passé »). Car même si ce titre fait office de break au milieu de la tempête, passer de l’ambition illimitée à l’ambition zéro reste un réflexe un peu caricatural et bizarre même. C’est comme anticiper le fait que leurs auditeurs pourrait être fatigués ou irrités par leurs titres précédents, et que pour les soulager un instant, il suffirait de balancer une pure banalité.
Rares sont les albums où la déception qu’ils engendrent n’est pas liée à une limite de talent, d’inspiration ou de créativité d’une manière générale. Rares aussi sont les albums qui présentent une telle hétérogénéité, capables de procurer le temps d’une chanson un plaisir incroyable et le temps d’une autre une envie soudaine de vomir. Parfois – et ce même lorsqu’on est un groupe pétri de qualités comme Aufgang – la volonté de trop bien faire, de se démarquer, de repousser les limites, finit par vous emmener sur des terrains impossibles à maîtriser.
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Sortie: 12 Octobre 2009 | Genre: Classique, Electronique | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: Playlist Society, Rigolotes Chroniques Futiles et Insolentes, Good Karma, Le Blog De Nicolinux


























































Très jolie chronique, je suis parfaitement d’accord avec l’argumentation : si vous n’aimez pas Grizzly Bear et St Vincent (responsables de deux des meilleurs albums de l’année), vous n’aimerez pas Aufgang
Après si vous avez envie d’écouter quelque chose de différent qui impose un univers ultra-personnel en un album, là je ne peux que vous le conseiller :p
Critique intrigante, je trouve justement que les morceaux que tu pointes du doigt sont ceux qui s’imposent de plus en plus au fil des écoutes. Alors qu’un titre comme « Good Generation » est finalement rapidement oublié, d’autres comme « Channel 8″ se dévoilent vraiment.
En tout cas, je ressens tout sauf une démonstration technique dénouée de sentiments. Je dirais même que la technique s’efface derrière la force des morceaux.
Bon enfin, c’est toujours intéressant de lire un avis divergeant…
Ils sont étonnant ! Un style de musique difficile à accrocher, mais avec du temps et de l’écoute on commence seulement à comprendre et apprécier leur univers! Pour moi sa vaut un 6-7/10. Mais ton point de vue est très intéressant. Qui ne tente rien n’a rien : http://voluume.fr/?p=1414
« Mais comme St Vincent avec ‘Actor’ et Grizzly Bear avec ‘Veckatimest’, Aufgang a choisi les sentiers du gâchis et de l’indigestion. »
»De la même manière que Grizzly Bear n’a pas su faire le tri pour décomplexifier leur album ‘Veckatimest’ »
ha ha
j’espère juste que celui qui écrit le fait au troisième degré
non parce que vraiment sinon j’ai mal pour lui.
Je l’écris au premier degré. Je me sens également très bien, mais je vous remercie de voir que vous partageriez ma douleur si ce n’était pas le cas.
En tout cas, merci de laisser un commentaire pour faire ce genre de remarques. C’est hautement constructif et en rapport avec l’article