
Le Kansas renferme des gens tout à fait étranges. Les Old Canes par exemple – menés par Christopher Crisci, le frontman des Appleseed Cast – un groupe de folk-rock innovant et furieux. Le genre de groupes qui n’aime pas faire comme tout le monde, qui déteste le rangement et préfère accumuler les couches là où les autres les enlèvent. Incontrôlables, ils chargent leur mule musicale jusqu’à ce qu’elle craque et s’effondre. Têtus comme des gamins en somme, et comme les gamins, passé une certaine heure, ils commencent doucement à fatiguer leur petit monde. C’est franchement dommage parce qu’ils ont beaucoup, beaucoup de talent et des idées à revendre. Attendons simplement qu’ils grandissent un peu et qu’ils fassent le nécessaire pour rendre l’ensemble plus cohérent et homogène.

En douze chansons, les Old Canes sortent en fait un album à deux visages. Un visage électrique et colérique et un visage acoustique légèrement plus timoré, mais avec du rythme, du du rythme, du rythme. ‘Feral Harmonic’ possède une dynamique d’enfer, y compris dans les titres les plus clean et dépouillés. L’autre petite particularité du disque revient à sa production assez cheap, typiquement dans le même esprit que celle des Black Lips, d’autres tarés. On les imagine davantage foutre le bordel dans un garage que dans un studio clean, en clair. Les Old Canes donnent le ton dès l’ouverture très live, saturée, surchargée, déjà assommante (« Intro »), et commencent alors leur récital dans un rythme infernal. Quand une mélodie se dégage de chœurs et cuivres bordéliques, résiste à une batterie et une guitare révoltée, on frise immédiatement l’excellence (« Little Bird Courage ») et le talent du groupe saute aux yeux. Comme chez un Alec Ounsworth, leur mélange de folie et de maîtrise explique leur atypisme et peut dégager une certaine classe. Seulement, le dosage est loin d’être toujours aussi précis. Il arrive de rencontrer des pistes trop acides, où le chant peine à trouver sa place (« The Last Collapse »), des morceaux qui gâchent une rythmique dantesque et de bonnes inspirations par un aspect sonore bien trop brouillon, un coté « première démo » déroutant (« I Will Be The Sun », « Stuck »). Plus que la déception, c’est de la frustration qui s’installe et un sentiment de gâchis. Ils ne font que confirmer ses impressions en se découvrant et simplifiant leurs compositions.
Toujours à cent kilomètres à l’heure mais avec une once de sagesse acoustique, ils slaloment entre les mines sur la route de Neil Young et de son mythique ‘Rockin In The Free World’ (« Flower Faces »), pour ce qui pourrait ressembler à un bien joli single. Ils ne perdent ni en adresse, ni en efficacité lorsqu’ils baissent le pied pour s’attaquer à des folk-songs plus convenues, de simples histoires sous quelques accords acoustiques (« Southern Radio »), de simples balades titubante entre quelques cuivres et un harmonica hésitant (« Under »). C’est privé de leur folie et de leur originalité que les Old Canes sortent leurs meilleures chansons. A deux reprises, ils trouveront un équilibre, fragile mais existant, pour à la fois conserver leur son si personnel, leurs rythmes un peu barrés et la réussite de leurs morceaux les plus épurés (« Next Flood », « Trust »). Entre gueulantes rock et phrasés de folk-singers, guitares acoustiques et surcharge d’instruments, engouement et mélancolie, ils ont probablement trouver la recette qui marche, celle qui lie le bon goût, la recherche et l’efficacité. En revanche, ils auraient pu se dispenser d’un instrumental rétro, linéaire et sans relief (« Black Milk Chapel »), et de certaines démonstrations lourdes qui s’étalent sans véritable but, et qui finissent par lasser (« Sweet »).
‘Feral Harmonic’ est un disque tout à fait honorable, mais très frustrant. Les Old Canes s’encombrent de sons et de couches inutiles, et peinent à trouver une certaine justesse dans leur jeu. Ils maintiennent le cap un temps avant de déboussoler tout le monde, à commencer par eux. Autant on revient souvent picorer dans leur album quelques chansons, de temps en temps, autant une écoute complète demande encore trop d’efforts et de tolérance. Du talent, de l’envie, de l’idée, du rythme, mais beaucoup trop de brouillons au milieu de quelques très bonnes copies. En fait, avec les Black Lips, ils partagent bien d’autres points communs que celui de la production …
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Sortie: 20 Octobre 2009 | Genre: Folk, Rock | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.






































































Dommage parce que je suis super fan d’Applessed Cast…