Parmi les groupes cultes du rock progressif, Marillion est certainement celui qui divise le plus l’opinion. D’un côté, il y a eu le départ de Fish en 1988 et son remplacement par Steve Hogarth, évènement mal vécu par une grande majorité de fans. De l’autre, il y a les critiques un brin élitistes de musique progressive qui ne comprennent pas trop leur emplacement dans le mouvement progressif. Font-ils vraiment du rock progressif? Bref, des petites choses qui font que chaque nouvelle sortie studio du groupe s’accompagne aussi bien de critiques acerbes que d’énormes acclamations. Depuis l’arrivée de Steve Hogarth – l’un des chanteurs les plus remarquables depuis les années 90, et par ailleurs infiniment plus intéressant que Fish - la discographie du groupe présente de rares et gigantesques ratés, mais surtout quelques chefs d’œuvres bouleversant de beauté comme personne d’autre n’en fait. Leur dernier opus, ‘Less Is More‘, contient onze chansons (+ 1 inédite) de leur répertoire en version semi-acoustique. Un nouveau cadeau indispensable pour les fans, et un album au minimum très sympathique pour les curieux. Zen, apaisant et terriblement, terriblement beau.

L’exercice acoustique ne donne pas toujours les résultats escomptés chez les groupes de rock progressif. En épurant largement des compositions souvent longues et complexes, elles perdent la plupart du temps de leur intérêt. Exception faite pour Marillion qui peut toujours compter sur un facteur émotionnel particulièrement développé. Avec la voix pure et cristalline de Steve Hogarth, reconnaissable entre mille, et les quelques riffs clairs et lumineux de Steve Rothery, il faudrait être sacrément réfractaire au quintet britannique pour ne pas passer un agréable moment en leur compagnie. Le concept de rock progressif – qui peut braquer certaines personnes – s’efface en grande partie ici, dans un calme et une sensibilité inégalables. Aux côtés d’un piano inconsolable, Steve Hogarth se met à nu et se confesse avec une sincérité désarmante (« It’s Not Your Fault »). Il s’interroge à haute voix, plongé dans un environnement sonore d’une pureté incroyable, secoué par des vagues acoustiques dénuées de tout espoir (« Memory Of Water »), avant de nous conter via un arc en ciel de sensations, de sentiments, à travers une voix gorgée d’une émotion incontrôlable l’histoire de notre siècle et ses évolutions (« This Is The 21st Century »). Le genre d’histoires qui – racontée par Marillion – chaotise l’esprit et laisse une signature indélébile. Partis pour aller à l’essentiel, certains titres permettent quand même aux instruments de se dévoiler davantage. Avec ses solos de la veine de ceux de Gilmour, Rothery brille, illumine des complaintes mélancoliques perdues dans l’espace temps (« Wrapped Up In Time »), puis obscurcit son jeu, éteint la lumière qui surplombait une mélodie jazzy aux mille-et-une facettes (« Quartz »).
Par rapport aux limites imposées par le semi-acoustique, beaucoup des titres phares du groupe, logiquement, se transforment. Mais les compositions ne perdent pas nécessairement de leur richesse première, et prouvent par leurs évolutions et variations instrumentales que l’aspect progressif n’a pas été entièrement effacé. Des bruitages intrigants, une acoustique en or, des montées rock précises et imparables (« Go! »), autant de preuves que Marillion ne perd ni ses principes de qualité, ni son ambition, ni ses exigences artistiques, ni son inspiration. Depuis 20 ans, les britanniques évoluent dans un univers rock atypique, imprégné de poésie, de magie, et d’une rare beauté. Ils nous le rappellent sans cesse par leurs changements impressionnants d’orchestration, de ton, d’influences (« Interior Lulu »), par leur humour, leur groove, leur géniale imprévisibilité (« Cannibal Surf Babe »), par leurs histoires d’amour vieille-école irrésistibles (« Hard As Love ») ou encore par l’ingéniosité de leurs mélodies, accrocheuses et pourtant indescriptibles (« If My Heart Were A Ball »). Enfin, Marillion, c’est une inspiration sans fond, une capacité à vous sortir de votre quotidien, à vous propulser dans des univers incroyables, prêts à vous congeler au milieu des étoiles (« The Space ») ou à vous consoler dans un espace acoustique interminable et luxuriant (« Out Of This World »).
Si ‘Less Is More’ n’est pas le plus incroyable des albums de Marillion, il renforce encore un peu plus l’affection que l’on peut leur porter et la raison pour laquelle on la porte. Marillion a ce don incroyable de pouvoir faire passer la beauté avant n’importe quel sentiment, de quelque nature qu’il soit. Marillion enivre, envoûte, charme, impressionne, éblouit, mais laisse à l’auditeur la liberté de choisir ses sentiments et ressentis. Le top de la classe.
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Sortie: 02 Octobre 2009 | Genre: Rock Progressif, Acoustique | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
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Ce groupe m’a toujours fait chier au plus haut point, même à la grande époque de l’album « Misplaced childhood » que tout le monde écoutait, je trouvait ça aussi pompeux qu’un vieux Phil Collins !