Alec Ounsworth - Mo Beauty (2009)

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Parmi ceux qui naviguent depuis un petit moment dans la bulle musicale indépendante, le nom de Clap Your Hands Say Yeah ne peut pas laisser indifférent. En deux albums assez fous, le groupe de Brooklyn s’est installé comme un incontournable de la scène indie-rock. Et ce statut, ils le doivent en grande partie à leur leader charismatique Alec Ounsworth, un songwriter pétri de talent brut et d’un je-m’en-foutisme tellement assumé qu’il en a fait une marque de fabrique. Habitué aux expériences un peu tarés dans son groupe principal, il s’est lancé aux côtés de potes musiciens dans une aventure solo. Fidèle à ses habitudes, c’est donc sans aucun calcul qu’il présente ‘Mo Beauty’, une collection de titres qui pourraient résumer les souvenirs d’une nuit mouvementée à écumer tous les bars de la ville. Une soirée foutraque et inoubliable.

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Alec Ounsworth a-t-il seulement conscience d’avoir réalisé un excellent disque ? A l’écouter, à l’entendre jouer, il semble se foutre de ses auditeurs, préférant se concentrer sur son unique plaisir qui consiste à foutre le bazar avec ses musiciens et jouer dans des ambiances insolites. Il donnait déjà cette impression avec les Clap Your Hands Say Yeah et cela n’a jamais affecté la qualité et l’aspect immersif de sa musique. Et effectivement, ‘Mo Beauty’ confirme ce sentiment, remplaçant les expérimentations modernes par un son beaucoup plus artisanal, sans toutefois s’être assagi. Premier bar, l’alcool coule déjà à flots, les mélodies ne tiennent pas debout, la voix titube, les guitares se dépoussièrent, crissent, surchauffent dans un désordre sonore hallucinant (« Bones In The Grave »), jusqu’à ce qu’une trompette et une batterie furieuse redressent notre homme, l’obligeant à mener avec force et conviction une envolée rock carnavalesque (« That Is Not My Home (after Bruegel) »). D’une enseigne à l’autre, les styles évoluent. Une fois passé le seuil de la porte d’un bar jazzy, il s’agit de se présenter sous un jour plus élégant. Un verre de whisky posé sur un piano usé, des musiciens en habit de soirée et des rythmiques classes, fouillées, calibrées à la perfection pour un public venu se détendre dans la douceur du jazz pendant les premières consommations (« Idiots In The Rain ») et se laisser aller une fois bien éméchées (« Modern Girl … (With Scissors) »). Et voilà qu’il est déjà temps de partir vider un autre bar, plus bruyant, plus peuplé, plus jeune. Pas question de faire le clown ici si on ne veut pas passer pour des ringards. Il faut taper du pied assez fort pour se faire entendre et clarifier au maximum le message pour se faire comprendre, en espérant voir les visages suivre le groove déchirant la salle (« Me And You Watson »).

Au milieu de la nuit, un premier break s’impose. Fatigué,  imprégné de boisson, Alec Ounsworth s’isole de son groupe et part se réfugier sous les étoiles, à l’abri des regards. Sa guitare à la main et les yeux figés vers le ciel, il entend la nostalgie d’un piano au loin, commence à gratter quelques accords et chuchote avec la plus belle des discrétions (« Holy, Holy, Holy Moses (Song For New Orleans »), comme le fait si bien Robert Plant en vieillissant. Absorbé par un spleen passager, il retrouvera ses esprits en compagnie de ses musiciens, tous parés à se remotiver mutuellement pour le reste de la nuit (« What Fun »). Le sourire revenu, les envies de s’amuser, de foutre le bordel reviennent au galop. D’un côté, le chant d’Alec voltige sur des litres de bières quand il ne crie pas au loup avec ses copains, et de l’autre, les guitares et trompettent hurlent de joie accompagnées d’une batterie frénétique (« South Philadelphia (Drug Days) »). Mais de cette soirée complètement folle, il faudra surtout se souvenir de quelques instants inoubliables. Celui où – quand résonne en même temps le rock, le folk et le blues – l’enivrement par l’alcool est tel qu’il transcende les musiciens et donne au chanteur l’impression éphémère d’être le Dylan des années 60 (« Obscene Queen Bee #2« ). Et celui où les regards contemplatifs et attendris se retournent sur le groupe pour apprécier une dernière virée, celle de l’apaisement et du romantisme (« When You’Ve No Eyes »)

En écoutant plusieurs fois cet album, en l’analysant à chaque fois, Alec Ounsworth me fait de plus en plus penser à Bob Dylan. Quelquefois pour son attitude et pour sa voix nasillarde et désinvolte, mais plus souvent pour sa démarche musicale. Sa volonté de ne faire que ce qui lui plaît, son choix de varier les styles et les humeurs, sa manière de créer de la beauté qu’importe les instruments et l’ampleur sonore, tout ça me rappelle les albums de Bob Dylan. Et toutes proportions gardées, s’il fallait rapprocher ‘Mo Beauty’ d’un opus du grand Bob, il s’agirait certainement de son chef d’oeuvre, ‘Blonde On Blonde’, pour toutes les raisons évoquées au dessus mais aussi pour son aspect intemporel. C’est dire la qualité du bonhomme et de son oeuvre. Un album artisanal aux imperfections charmantes, indispensable.

4

Sortie: 20 Octobre 2009 | Genre: Rock, Jazz, Folk | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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