La variété française est toujours en quête d’artistes parés à prendre la relève. Fragilisée depuis le triste décès d’Alain Bashung, la scène française peut heureusement encore s’appuyer sur Jean-Louis Murat, dernier pilier entièrement crédible de la musique française. Après l’excellent ‘Tristan’ sorti l’an dernier, l’artiste n’a attendu qu’une petite année pour sortir un nouveau disque. Enregistré aux Etats-Unis dans le Tennessee, ‘Le Cours Ordinaire Des Choses’ entretient la classe de l’opus précédent mais se montre encore plus ambitieux musicalement parlant. La voix mystique de Jean-Louis Murat survole en poésie le son fiévreux et mythique de Nashville. Indispensable pour tous ceux qui rêvent d’entendre de la variété de qualité.

Rock’n'Roll Baby! La traversée outre-Atlantique se ressent dès les premières notes de l’album avec « Comme Un Incendie », une virée mélodique enflammée par les grincements de guitare, tempérée par un timbre de voix distant et détaché. Voici un titre qui devrait secouer sérieusement les scènes lors d’une prochaine tournée. Enregistré autour de musiciens exemplaires, ‘Le Cours Ordinaire Des Choses’ fait honneur au rock poussiéreux de l’Amérique. Ponctué par des ‘Come On! Come On!’ féminins entêtants, puis griffé par un solo de guitare endiablé, « 16h00 Qu’est Ce Que Tu Fais? » est un amas de sons et de mots venus glisser sur une mélodie obsédante. Les chevauchées rock de Jean-Louis Murat, jusque là sérieuses et imparables, prennent des déclinaisons parfois plus légères et amusantes. Dans un registre un brin clownesque, « M. Maudit » dessine un groove délirant, cramé par l’embrasement des guitares et la pression plein-gaz de la basse, tandis que sur le cartoonesque « Comme Un Cowboy A L’Âme Fresh », les violons virevoltent comme les balles des cowboy au milieu des saloons. De l’audace, des idées en pagaille, l’air de Nashville a bonifié un peu plus encore ses compositions. En témoigne les deux grandes romances de ce disque, confrontations entre la voix ombragée de Jean-Louis Murat et celle, sensuelle, de Cherie Oakley. Submergé d’accords acoustiques, noyé dans le blues, « Falling In Love Again » impressionne par sa progression orchestrale étourdissante alors que l’enivrant « Lady Of Orceval », condensé d’amour en apesanteur, se distingue par la classe et la subtilité de ses arrangements. Certainement le titre le plus abouti de l’opus.
Et puis, dispersés dans ce recueil très rock, des poèmes plus noircis, plus sauvages, comme sur « Chanter Est Ma Façon D’Errer », un passage obscur et bucolique bordé d’une ambiance cajun (Iron & Wine), avec comme seule lumière guide la brillance d’un pedal steel. Dans la même veine musicale et malgré ses six minutes au compteur, « La Mésange Bleue » brille grâce à la narration captivante de Murat, et par une élégance instrumentale inlassable. De son côté « Ginette Ramade » s’enfonce dans une brume instrumentale mystérieuse, intriguante, rendue plus énigmatique encore par un speech féminin à la fin du morceau. Aérien, rempli d’ivresse, « La Tige D’Or » laisse Cherie Oakley retrouver dans une certaine moiteur un Murat amoureux dont l’insistance des mots se renforce sous les claquements puissants de la batterie. Et puis, comme ultime confirmation du savoir-faire Muratien, l’apaisant et contemplatif « Taïga » conclue l’album de la plus belle des manières, tiraillé entre le désir d’évasion présent sur ‘Tristan’ et la chaleur sonore de Nashville.
Pourquoi ‘Le Cours Ordinaire Des Choses’ est-il un chef d’œuvre? Et bien pour la simple raison qu’il est impossible d’imaginer aujourd’hui un artiste français proposer un album aussi abouti et ambitieux que celui de Jean-Louis Murat. Porteur d’un univers poétique inégalable dans notre beau pays, doté d’une voix mystérieuse et profonde, il confirme son statut de taulier de la variété française. Et comme raison à cela, le talent, certes, mais surtout la volonté de s’appuyer sur une production et des arrangements comparables aux productions anglo-saxonnes et américaines. Déjà impressionnant sur ce point sur ‘Tristan’, le résultat artistique de son escapade à Nashville est juste saisissant. A tel point saisissant que la comparaison avec le travail de Daniel Lanois sur le « Oh Mercy » de Bob Dylan n’est pas vaine. Bref, ‘Le Cours Ordinaire Des Choses’ n’est pas seulement le nom du nouvel album de Murat, c’est surtout l’habitude de sortir chaque année un grand disque. Et celui là est géant.
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Sortie: 21 Septembre 2009 | Genre: Chanson française | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
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ça fait plaisir de lire votre article.
Merci Thibault.
JLM est le meilleur !!!
Il est loin le temps ou il chantait Regrets dans un cimetière aux côtés de Mylène Farmer … (et heureusement !)
[...] This post was Twitted by jeanlouismurat [...]
et dire qu’il a eu une note beaucoup plus elevée que celle de Mark knopfler mdrrrrr….
Merci pour ce commentaire qui me réconcilie un peu avec les chroniqueurs « musicaux ».
Murat est ce qu’il nous reste de mieux de la chanson Française. Bashung est parti … il nous reste Murat, Manset … ceux qui ne passent jamais sur les chaines TV.
Bravo et merci Monsieur Jean Louis Murat.
Didier.