Ramona Falls - Intuit (2009)

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Que ce soit chez Menomena ou avec tout récemment son nouveau projet Ramona Falls, Brent Knopf reste un créateur génial de sons extravagants et un formidable équilibriste pour ses compositions. Il prouve encore une fois  sur Intuit sa capacité à mélanger savoureusement une instrumentation très mélodique et des sonorités plus expérimentales. Loin des délires explosifs et très marqués des productions indépendantes actuelles, chaque son se fond discrètement dans l’environnement musical, enrichissant des mélodies profondes qui reflètent les humeurs et grandes inspirations du bonhomme. Ses fans retrouveront avec bonheur la variété et l’originalité du dernier disque de Menomena alors que les autres découvriront un compositeur formidable, capable de faire apparaître la plus simple et pure des beautés au sein d’un environnement sonore riche et instable.

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Transportant toujours avec lui l’univers barré et torturé dans lequel évolue déjà son groupe principal Menomena, Ramona Falls tend à être plus accessible, plus mélodique. Et si le convenu ne fait pas parti du vocabulaire de Brent Knopf, la splendeur si. A plusieurs reprises, lui et les nombreux musiciens invités vont construire des édifices sonores d’une virtuosité inédite. A travers des bruitages indéfinissables mais rassurants, noyée dans une voix qui se disperse dans les nappes ambiantes, « Going Once, Going Twice » réserve une mélodie lunatique et évasive où chaque instrument donne de nouvelles couleurs à cette recette exotique. Une composition complexe, chargée, mais jamais élitiste. Et même lorsqu’il simplifie et épure sa musique sur « Bellyfulla », l’édifice brille toujours autant. Efficace comme la folktronica de James Yuill et subtil comme les ballades magnifiques présentes sur le dernier album de Malcolm Middleton, le morceau navigue en eaux claires. « The Darkest Day », perle mélancolique sur plage obscure, duel vocal romantique et angoissant entre deux êtres, complète avec le sombre et minimaliste « Diamond Shovel » le trio des chansons les plus simples et linéaires de cet opus. Il exprime ailleurs des idées et envies différentes, produisant des effets souvent inattendus.

Avant une montée en puissance jouissive suivant le martèlement d’un piano, « Melectric » tisse le lien entre Menomena et ce nouveau projet, remplaçant peu à peu les sons délirants et incontrôlables du passé par des instants plus mélodiques, gardant guitare acoustique et piano classique construire une structure de base. Les variations de rythme et d’ambiances se font alors via une production laissant la place au moindre détail. Ramona Falls laisse ensuite son imagination déborder et couler sur ses morceaux. Ainsi, « I Say Fever » devient le premier tube catchy et groovy du disque, abritant une ambiance bluesy-folk et des lignes de chants volontairement trafiquées, avant de lancer aléatoirement des salves psychédéliques aux environs d’un refrain explosif. Dans une autre parcelle de son univers, entre rêve et cauchemar, les couches synthétiques de « Clover » rappellent l’hypnotisant thème du film Little Miss Sunshine. Entre quelques sifflets et quelques tonalités féminines, la voix principale se retrouve piégée dans une pop-folk expérimentale et troublante. Outre son final haletant guidé par des violons heureux de s’éveiller, le savoureux « Russia » tient autant du folk rafraîchissant d’Andrew Bird qu’aux recherches expérimentales de Grizzly Bear. Enfin, moins évidents, « Salt Sack » et « Always Right » proposent chacun des idées intéressantes. Le premier laisse des cuivres et bruitages électroniques forcer les traits d’une chanson pop mélancolique tandis que le second morceau, crispant, barré, tordu, glisse sous son allure clownesque un refrain trippant en forme de chorale.

A l’image du surdoué Steven Wilson qui travaille sur le moindre son pour techniciser sa musique, Knopf voit en chaque son la possibilité d’éclaircir et d’embellir son petit monde. Et une fois rentré à l’intérieur de celui-ci, les yeux s’écarquillent, le souffle se coupe, traduisant simplement un incroyable effet de surprise. Intuit est un album indispensable en tous points, et propose une définition inédite de la beauté. A découvrir d’urgence.

4-5

Sortie: 21 Août 2009 | Genre: Pop, Folk, Expérimental | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

http://www.vimeo.com/7354877

9 comments to Ramona Falls – Intuit (2009)

  • Azralth

    C’est juste énorme !
    J’écoute leur pyspace depuis une heure en boucle, et je ne m’en lasse pas.

    J’espère que le disque entier est du même gabarit que les extraits proposés sur leur espace musicales. Du trés lourd tout ça.

    Merci Thib’

  • Salut Thibault, je partage ton enthousiasme pour cet album ou plutôt je le partage sur les 6 premiers morceaux qui sont parmi ce que j’ai écouté de mieux cette année…mais j’ai vraiment du mal sur la deuxième partie de l’album qui fait un peu remplissage je trouve. Dommage sinon c’était le top 3 assuré mais bon ça reste une vraie belle surprise. J’en parle aussi bientôt.

  • Tu me fais penser que je ne t’avais pas rajouté dans ma blogroll. Sinon, je suis encore plus enthousiaste que toi, même si je suis déjà très content que cet album ne passe pas totalement inaperçu …

  • C’est vrai que tu est l’un des seuls à en avoir parlé, bizarre…d’autant que Menomena avait eu pas mal de succès il me semble.
    Merci pour la blogroll ;-)

  • J’aime vraiment beaucoup aussi. Pas pour donner un 10. Mais c’est très bon!

  • [...] chronique a été écrite pour Indiepoprock. D’autres avis sur cet album chez  La Quenelle Culturelle et [...]

  • DAYSOFHEAVEN

    Bonjour , j’ai décidé de tester votre top 20 des internautes . Je me remets donc à écouter ou réécouter tous ces albums….

    Je commence donc par « intuit », je vous rejoins en partie,c’est du très soigné, c’est souvent original, de +, des belles mélodies , et gros travail de prod. Perso, j’accroche vraiment sur « i say fever » et « russia ».
    Je suis moins emballé par certains autres titres notamment sur la fin de l’album. Surtout l’album souffre à mon gout d’etre justement un poil trop soigné , trop propre, trop produit, et manque au final d’énergie.

    Alors je ne peux qu’admirer le travail d’ensemble et j’ai plaisir à écouter l’album, mais je ne suis pas spécialement touché par l’ensemble.
    Bref, « Intuit » objet parfait, trop et, au final , si lointain.

  • [...] là. D’autres blogueurs ont déjà admirablement écrit sur Intuit, à commencer par Thibault qui évoquait (en septembre1), et l’on ne saurait mieux dire, « un compositeur [...]

  • [...] les chroniques enthousiastes de Thibaut, de Toto et de [...]

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