
Les habitués des productions Ninja Tune pourraient être déconcertés par le contenu du nouvel album de Fink. « Sort Of Revolution » n’emprunte pas vraiment les chemins électroniques de ses collègues officiant sous le même label. Son quatrième opus suit davantage les sentiers de la soul, du folk, du blues, avec toutefois un traitement des genres assez inédit. A une période où le folk se densifie et s’affole au gré des rythmes électroniques, le britannique entame la démarche inverse, et le résultat se veut forcément étonnant. Avec une aisance remarquable, Fink délivre des titres épurés aussi agréables qu’une brise de fraîcheur un soir d’été . Dans une ambiance intimiste et éthérée digne de productions Trip-hop et downtempo, l’artiste se met à nu, livrant quelques prestations dépouillées de grande classe. On regrette simplement qu’une fois installé dans un certain confort, la prise de risques minimum de Fink entache de temps en temps le disque de quelques longueurs évitables.

Si son timbre chaleureux et naturellement mélancolique s’approche de Ray Lamontagne, le minimalisme et les arrangements gelés de ses envolées folk rappellent davantage le scandinave José Gonzalez. En ça, « Sort Of Revolution » apporte déjà son lot de sensations et de contrastes saisissants. Une tension paralysante se faufile au milieu des basses tandis qu’un souffle de liberté traverse les cordes de la guitare acoustique. Un voyage obscur et imprévisible au cours duquel les chœurs et le chant thérapeutique de Fink génèrent un brin indispensable de douceur. « Move On Me » prend au fil des minutes des airs d’ultimatum. Au suspens haletant recouvert par les sonorités folk se greffe une prestation vocale aux intonations soul de plus en plus intense et désespérée, tandis que violon et piano enrichissent tragiquement son univers dépouillé. Le blues éthéré et étiré de « Six Weeks » trouve son confort dans une chorale Gospel, transformant le titre en un hymne religieux à la fois mystérieux et hypnotique, rondement mené par le doigté divin de l’artiste. Un léger sentiment de redondance s’installe sur « Nothing Ever Is Finished » malgré un air country-folk plus débridé et relâché. La progression mélodique est soignée, la production léchée, mais l’utilisation méthodique des chœurs fatigue et l’utilisation très ponctuelle de reverb vocale est franchement de mauvais goût. « See It All » a le mérite de souligner à quel point le travail instrumental est rigoureux, classieux et varié, mais continue d’enfoncer le britannique dans une routine de mauvaise augure pour la seconde partie de l’opus. Ses prestations vocales répétitives et la présence systématique de chœurs lancinants ne parvient pas à renouveler cet élan de fraîcheur apparu sur les premiers morceaux.
De la fraîcheur, de l’esprit, Fink en retrouve dès les premières secondes de « Q&A », plage sonore dédiée à l’expression de grandes idées. L’équilibre musical transpire de rigueur et d’arrangements pointilleux. A première vue, la difficulté de mélanger sous fond électro-jazzy une voix soul à des harmonies beatboxiennes, des bruitages samplés et des chœurs chaleureux paraît insurmontable. Pourtant, l’ensemble coule avec un naturel étonnant, et bien que la mélodie s’étire péniblement sur plus de six minutes, l’aspect technique de la chanson chasse l’ennui dans un apaisement général. Comme revigoré, il sert sur « If I Had A Million » une détente folk énergique, un instant signifiant une joie de vivre retrouvée. En démontre une performance vocale ensoleillée, une impulsion de liberté donnant à son timbre un feeling bluesy-pop apaisant. « Pigtails » renoue dans son minimalisme folk linéaire,sautillant, avec une envie incontrôlable de retrouver des sensations trip-hop et expérimentations électroniques. Mais la sobriété demeurant maître-mot chez Fink, il ne reste de ses envies que quelques bribes sonores originales dispersés dans une atmosphère lourde et poisseuse. Finalement, il se détachera de ses principes uniquement sur « Maker », sans tomber dans le bling-bling gratuit, mais en s’entourant d’un trip-hop ambiant définitivement plus assumé que sur le titre précédent. Le résultat reste d’ailleurs infiniment meilleur, puisque dans une aisance toujours aussi surprenante, il survole de classe une composition riche, où les basses côtoient toutes sortes d’espèces synthétiques et variétés de percussions. Un délicieux cocktail de soul et trip-hop. L’album s’éteint doucement sur « Walking In The Sun », douceur nocturne de blues dépouillé, laissant la chaleur des chœurs gospel vous accompagner lors d’une longue nuit étoilée, les pieds dans le sable.
« Sort Of Revolution » est une nouvelle saveur dans le paysage musical actuel. Ancien DJ, Fink propose au freak folk actuel une alternative solide. Sa musique trouve sa richesse et sa beauté dans un dépouillement sonore maximal et un esprit intimiste gracieux et touchant. Gardant une sobriété instrumentale exemplaire, le bouillonnement de ses inspirations se ressentent sur chacune des pistes, et son aventure à l’aveuglette sur des territoires encore inexplorés provoque un sacré dépaysement. Un album naviguant dans le mystère, provoquant des rencontres inédites et pleine de charmes.
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Sortie: 10 Mai 2009 | Genre: Folk, Soul, Blues, Alternatif | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.







































































Je ne connaissais pas Fink. Quel beau timbre de voix. C’est vrai que par moment celle-ci me fait penser à celle de Ray LaMontagne. Merci pour cette découverte !
Fink sera vraiment passé par toutes les périodes…On est à des années lumières du premier opus qui commence, il est vrai, à dater maintenant. Je ne sais pas quelle face de fink je préfère, mais les 2 sont très enrichissantes, que ça soit Fresh Produce (la face DJ) ou Sort of Revolution (La face Folk).
Perso j’apprécie surtout Fink quand il mélange complètement les 2 faces , son célèbre duo avec Bonobo en est le meilleur exemple (If you Stayed Over).
Fink est définitivement ce qu’on peut appeler un Artiste complet.
Je ne vais pas faire dans le constructif : Fink est en effet un artiste très agréable aux esgourdes, à la voix délicieuse et aux ballades enivrantes.
Quand bien même, à ne pas écouter lorsqu’on manque de sommeil… Il a dans ce cas un impact très soporifique sur moi.