Arctic Monkeys - Humbug (2009)

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Les tauliers du rock indépendant britannique menés par Alex Turner vont lancer en août leur troisième album studio « Humbug ». Tauliers de ce que beaucoup aiment appeler le « rock-hype », les Arctic Monkeys restent un quatuor plutôt éloigné de ce mouvement musical récent. Une chose est certaine, ils cartonnent outre-manche, leurs singles n’en finissant plus d’affoler les charts. Au delà du phénomène qui existe autour des anglais, la qualité de leur musique suffit à expliquer le succès rencontré par le groupe. Avec ce nouvel opus, ils continuent plus que jamais dans la veine rock des albums précédents. Mais c’est imprégné d’une noirceur supplémentaire que « Humbug » tremble sous l’énergie débordante que dégage le quatuor. Nerveux, entêtant et jamais vulgaire, le rock made in Arctic Monkeys reste une valeur sûre cette année encore.

Arctic

Quelques secondes suffisent pour se tromper. « My Propeller » laisse le soleil rayonner un instant sur la mélodie, mais le temps vire rapidement à l’orage. Une guitare brumeuse mène cette danse funèbre, rendue hypnotique par la linéarité de la basse et de la batterie. Le chant d’Alex Turner, lancinant et maîtrisé, procure au morceau une tension palpable, comme si la mort approchait sans que rien ne puisse être tenté pour la stopper. La lueur d’espoir entrevue sur les première secondes réapparait au moment où la mélodie libère enfin toute cette tension, permettant par la même occasion aux lignes de chant de respirer. L’ambiance n’est pas moins électrique sur « Crying Lightning ». Des bruitages plaintifs de guitares traînent loin derrière la boucle mélodique principale. Face à cette dynamique typique des pistes électroniques, le premier break façon chorale de l’angoisse dégage une classe évidente qui assure à lui seul le succès de ce titre. La montée en puissance se fait à petits pas, perdant dans son aventure, menée tambours battants par le chant déterminé de Turner: un solo tortueux,  un air militaire et un bref passage a-capella. Inspiration, quand tu nous tiens. Sur « Dangerous Animals », l’ambiance est pesante et la binarité mélodique s’enfonce dans le crâne avec la batterie dans la rôle du marteau. Le titre finit par exploser, se diffuse et confirme la classe vocale du leader anglais à travers une jolie envolée rock. Sous son allure tragiquo-romantique, « Secret Door » est pour sûr la chanson la plus aboutie de cet opus. Lancée par une mélodie étincelante, les multiples variations vocales et instrumentales du titre sont à chaque fois insolentes de classe. Une nouvelle preuve que le groupe mise avant tout sur sa musique plutôt que sur ses blousons en cuir et la hype pour réussir.

« Potion Approaching » est résolument plus dansant et ravive le groove typique de la bande dans un esprit plus garage. Sans doute que le titre se serait révélé moins intéressant sans un break amusant au cours duquel  l’utilisation de la grosse caisse donne des allures de Heavy-Metal à la musique du groupe. Comme un bon vieux clin d’œil aux marches de guerre ridicules de Manowar« Fire And The Thud » laisse les lignes de chants fantomatiques et lointaines recouvrir une mélodie innocente, où maracasses et guitares jouent au chat et à la souris. Une mélancolie ambiante s’empare de la suite du morceau, qui s’écoule comme du petit lait jusqu’à l’accélération psychédélique attendue, puis carrément malvenue. « Cornerstone » est une ballade rock propre mais pas trop aseptisée, qui permet surtout à Alex Turner de se distinguer une nouvelle fois. Entre son accent formidable et son ton très distant, c’est toujours un plaisir que d’entendre sa voix. La distorsion des guitares typés western accompagne une mélodie pop-rock enivrante gardant une ambiance très 60′s. Couplets et refrains s’enchaînent naturellement, et même lorsque l’intensité augmente, l’homogénéité du titre n’est jamais menacée. La maîtrise des anglais est totale. « Pretty Visitors » retrouve les intonations vocales et l’agressivité rythmique propre aux groupes de hip-hop, déjà aperçus sur les tubes des albums précédents. Le morceau, secoué par le batteur comme de l’orangina, possède des atouts autres que sa dynamique déchaînée. Les bruitages digne de châteaux hantés et des chœurs façon comédie musicale de vampires apportent un joli contraste. Et c’est avec un final de presque six minutes que les Arctic Monkeys bouclent leur troisième disque. « The Jeweller’s Hands » est un condensé sympathique de la musique développée au cours des pistes précédentes. Malgré une application certaine, le titre ne prend pas la dimension épique qu’ils souhaitaient sûrement. Les chœurs ne sont pas assez démonstratifs, et l’ensemble n’a pas assez de coffre. Un petit manque de souffle dans la dernière expiration.

Piliers légitimes du mouvement rock massif de l’autre côté de la Manche, les Arctic Monkeys continuent leur marche en avant avec prudence, distillant quelques idées bienvenues de temps en temps. Après trois albums, et en connaissant la solidité du groupe, certains se lasseront peut-être de leur style qui n’évolue guère. En tout cas, « Humbug » possède une ambiance plus dark que ses prédécesseurs qui démontrent une certaine maturité. Leur son et leur style reste toujours difficile à définir, mais leur rock, classieux et inspiré, laisse toujours une empreinte derrière lui. Et on se dit que les Rakes, les Rascals et consorts ont encore bien du chemin à parcourir.

4

Sortie: 24 Août 2009 | Genre: Rock British | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

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8 comments to Arctic Monkeys – Humbug (2009)

  • Super chronique, même si je partage pas (encore) ton avis. En fait j’arrive pas encore trop à avoir le mien, et je suis pas aidé par le fait que je suis un gros gros gros fan de leur premier album…

    Par contre quand tu dis ‘leur style n’évolue guère’ je suis pas complètement d’accord, car quand leur premier effort était urgent, un peu foufou et complètement débridé, celui là semble plus sombre, plus posé, réfléchi, en un mot, mature !

    Et merci pour la blogroll, j’avais pas vu !

    Martin

  • ThePooh

    Je suis un peu d’accord avec Martin. C’est une valeur sure toujours quoiqu’on dise cet album est bon résolument maintenant Arctic n’arrive pas à renouveler ce style qu’ils ont quasiment inventé. A eux seuls ils sont la définition du Rock Indie Anglais maintenant un peu de nouveautés n’aurait pas été de refus.

    Ca reste un très bon album.

  • Garance

    certains se lasseront peut-être de leur style qui n’évolue guère.

    Justement, non, ils ont beaucoup évolués, & grandis. Ca s’entend rien que dans la voix d’Alex. Il y avait déjà une bonne différence entre Whatever & Favorite & même si les grosse guitares & la batterie sont restées pour Humbug, ils arrivent a chaque fois a renouvelés leur propre style. & je suis d’accord avec ThePooch pour dire qu’ils ont quand même inventé ce style, alors c’est encore mieux & impressionnant qu’ils arrivent a y apporter quelques changements…

  • J’avoue que ma phrase n’est pas juste. Je voulais plutôt dire que les réfractaires au groupe n’auront pas de quoi apprécier plus le groupe depuis que Humbug est sorti qu’avant. Et au contraire, les fans ne seront pas dépaysés (car on reconnaît quand même les Arctic Monkeys à 300 bornes à la ronde) et que seuls ceux qui aiment vraiment les Arctic Monkeys prendront en compte les nouveautés proposées sur leur nouveau disque. Me concernant, je rejoins votre avis et je suis même en parfait accord avec ce ressenti : « je suis d’accord avec ThePooch pour dire qu’ils ont quand même inventé ce style, alors c’est encore mieux & impressionnant qu’ils arrivent a y apporter quelques changements… ».
    Merci pour vos comm !

  • Longue critique ! Il semblerait qu’il y ait eu une légère fuite, n’est-ce pas, cher pirate ? (quelle appellation barbare)
    Alex Turner est un boss, et il nous a prouvé avec les Last Shadow Puppets qu’il était plus que polyvalent. Il me tarde d’écouter la bête !

  • Aaah ! Ravi de lire ça. Peut-être à tord, j’ai toujours été méfiant concernant l’évolution des Artic Monkeys et c’est p.e ce qui explique qu’ils arrivent à me surprendre et l’enchanter. Je n’ai pas encore écouté la moindre chanson de cet album mais je vais découvrir ça forcément bientôt :)

  • J’ai adoré son aventure avec The Last Shadow Puppets, mais je n’accroche vraiment pas à cet album malgrés les écoutes successives.
    Cependant tous les gouts étant dans la nature, je peux comprendre que certains apprécient. Pour ma part je m’oriente plus cette année vers l’album d’Yves Klein Blue que je trouve plus abouti et bien plus original.

  • Touane

    Je rejoins l’avis de Mr M: Album vraiment insipide par rapport à la folie des précédents.
    Il n’est certainement pas mauvais mais à 1001 lieues de ce que je m’attendais à trouver dans un nouvel album d’Arctic Monkeys, preuve que s’ils restent effectivement dans un son qui leur appartient, ils sont capables de freiner leurs ‘fans’ de la première (et même de la seconde) heure.

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