St Vincent - Actor (2009)

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Après « Marry Me » en 2007,  la multi-instrumentaliste Annie Clark, plus connue sous le nom de St Vincent a sorti un deuxième album cette année. Intitulé sobrement « Actor », ce nouvel opus a déjà conquis la majorité des critiques. Et l’une des raisons de cet enthousiasme incontrôlé reste certainement cette tendance actuelle à éviter la pop folk simple et classieuse au profit de l’expérimentation sonore. Rappelons qu’à ce petit jeu, les talentueux Grizzly Bear se sont gentiment ramassés la poire, quoi que mes collègues bloggeurs en disent. L’américaine, elle, s’en sort déjà un peu mieux, certainement par une connaissance plus juste du mot parcimonie. Ses dérives instrumentales dépassent malgré tout trop souvent le seuil de l’inutilité. Regrettable tant l’américaine dispose de qualités qui lui dispenseraient ces écarts un peu ridicules. Sa qualité d’écriture, sa classe naturelle et l’excellente production de cet opus suffisaient amplement.

StVincent

Les premiers instants de « The Strangers » ne représentent que le début de la frustration. Outre sa douceur et son aisance vocale à couper le souffle, St Vincent possède un univers sonore riche, maléfique et carnavalesque, un sens de la mélodie aiguisé, de quoi se différencier aisément des productions pop & folk actuelles. L’arrivée explosive de guitares noisy ressemblent alors davantage à du sabotage qu’à une véritable volonté artistique, d’autant plus que le solo ne s’inscrit ni dans une montée en puissance, ni dans un changement brutal de registre. Ridicule, quoi. « Save Me From What I Want » tient un tempo lourdingue et l’instrumentation est ennuyeuse. Quelques sonorités spatiales en introduction, une batterie électronique trop présente, un faux rythme, rien d’inoubliable en somme. Au contraire, la construction mélodique de « The Neighbors » est beaucoup plus complexe et travaillée. L’univers de la chanson me rappelle vaguement celui de Chris Garneau, en beaucoup plus torturé et barré. Certains sons m’horripilent et restent du domaine de l’incompréhension, mais sa faculté à distortionner en permanence l’ambiance du titre est passionnant. Elle sait aussi se faire plus directe, comme sur « Actor Of Work », qui avait tout pour être un hit pop intelligent. Quelques riffs de guitare et une batterie bien accrochée assurent une mélodie imprenable, tandis que quelques bruitages festifs et oniriques continuent de tisser son paysage musical, à mi-chemin entre Alice aux pays des merveilles et Mary Poppins. Mais les dernières secondes du titres voient manifestement Alice dévorer des lapins et Mary remplacer son parapluie par de la coke. Certains verront dans ce déluge final sonore un trait de génie et une inspiration formidable, mais ce genre d’initiatives se compare à mon niveau plus à un non-sens, un faux aboutissement, comme si on supprimait subitement à un tennisman sa raquette au milieu d’un match.

La suite devient hypnotique avec l’excellent »Black Rainbow ». Après une première partie menée par sa voix angélique, la montée en puissance du titre se dessine peu à peu par l’intrusion de nouvelles sonorités et l’accentuation de celles déjà présentes. Plus en retenue, plus homogène et diaboliquement orchestrée, cette chanson dévoile enfin le visage ravissant de sa génitrice. Tout va pour le mieux, puisque « Laughing With A Mouth Of Blood » laisse un peu d’espace à la simplicité. Comme un ruisseau clair et limpide, ce titre prouve par A+B qu’elle n’a pas besoin de tous ses frous-frous pour rendre sa pop belle et néanmoins différente. Les échos éthérés, le refrain aérien à rendre jalouse Imogen Heap, la polyvalence de St Vincent s’inscrit on ne peut mieux dans ce genre de « sucreries pop que l’on laisse longuement fondre sous la langue ». Sur « Marrow », ses expérimentations deviennent supportables car elles s’inscrivent dans le projet de rendre l’ensemble dansant et original. Les guitares noisy, du moment qu’elles sont étouffées, apparaissent même légitimes, jusqu’à leur explosion vulgaire et inutile. Aucun excès ne pointe le bout de son nez sur « The Bed », bien que la variété instrumentale soit pour le moins impressionnante. Malgré tout, on ne retire pas grand intérêt de ces profondeurs abyssales. Un coup dans le vent. Le constat demeure le même sur « The Party » qui oscille dangereusement entre beauté majestueuse et ennui profond. Et il faut attendre les derniers instants pour se retrouver devant une prétentieuse cathédrale sonore, que même Dave Sitek n’aurait pas osé ériger. « Just The Same But Brand New » ne fait quand à lui pas office de premier gâchis sur cette galette, mais l’un des plus monumentaux. Entre les sonorités propices à l’évasion façon Minus The Bear et le charme vocal inlassable d’Annie Clark, le titre promet d’être irrésistible. Mais le charme rompt après trois minutes. Le chant s’efface au profit d’une montée en puissance hors-propos à défaut d’être désagréable, puis le morceau met une éternité à s’apaiser. Et la seule question qui se pose reste: Pourquoi… Pourquoi … Pourquoi … ?. La fin de l’album avec « The Sequel » est concis et joli, simple et aérien, mais n’effacera pas la frustration.

Ce qui pouvait être l’un des albums les plus aboutis de l’année n’est au final qu’un splendide gâchis. Avec « Actor », St Vincent essaye en vain de réunir sur ses chansons des oppositions éternelles et aussi évidentes que le « Yin & Le Yang ». Si le miracle apparaît à une ou deux reprises, l’instabilité générale de ce disque est déroutante et fatiguante. L’insistance avec laquelle Annie Clark essaye tous les mélanges possibles et imaginables reste une forme d’autisme. Et je pense sincèrement que le talent et le génie de l’américaine ne se traduit pas par ce genre d’albums.

2-5

Sortie: 05 Mai 2009 | Genre: Folk, Expérimental, Pop | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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http://www.playlistsociety.fr/2009/07/st-vincent-actors-910.html

5 comments to St Vincent – Actor (2009)

  • Je ne trouve pas que St Vincent tombe dans l’expérimentation à l’extrême, de celle qui gâche les mélodies. Au contraire, ici les sonorités noisy complexifient la musique et augmentent considérablement la durée de vie de l’album sans jamais rendre les titres chiants.

    En revanche ta chronique est comme toujours « stylistiquement » brillante. J’aurais kiffé écrire aussi bien que toi à ton âge ;)

  • Ah j’avais même pas vu le backlink. Thanks !!!

  • En même temps je te pompe ta citation, ne pas le faire aurait été limite :D
    Ton logo de Playlist déchire :)

  • Du coup, j’ai rajouté un lien vers la tienne aussi ! (3 commentaires de suite, je m’arrête là)

  • Bon bah je continue puisque tu m’y invites…

    Ouais je l’ai refais en même temps que la bannière pour homogénéiser l’identité visuelle. C’était un peu fatiguant d’avoir ma gueule en gravatar ;)

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