
Extrêmement populaires aux Etats-Unis, et avec une trentaine de millions d’albums vendus à travers le monde, il est surprenant de ne jamais entendre le nom de Dave Matthews Band dans notre beau pays. Brassant des influences pop, folk et jazz au sein de leurs compositions rock, Dave Jon Matthews et ses copains sont connus et reconnus pour leur atypisme musical. Devenus une influence majeure pour beaucoup de groupes progressifs et amateurs de concerts à rallonge uniques, les américains sont de formidables musiciens au service d’une musique inimitable. « Big Whiskey and the Groogrux King », leur huitième album studio, ne déroge pas aux habitudes et n’est qu’un nouveau condensé de leur savoir faire ahurissant. Convenant aussi bien aux amateurs de pop accessible qu’aux plus élitistes fans de sonorités progressives, ce nouvel opus est aussi varié et coloré que la faune d’un océan. Fort de musiciens talentueux sachant évoluer dans tous les genres, le Dave Matthews Band vient de produire dans un air de fête un nouvel explosif au secret de conception bien gardé. Si la mort de leur fidèle saxophoniste LeRoi Moore l’an dernier ne les a pas laissé indifférent, elle les a transcendé pour mettre au jour cet album-hommage.

L’hommage débute dès le premier morceau « Grux », un instrumental jazzy qui fait la part belle à un saxophone virevoltant, et qui laisse entrevoir par sa batterie une première envie d’exploser. Il suffit d’entendre « Shake Me Like A Monkey », du rock TNT surchargé et survolté, alliant du groove brûlant façon King’s X à un tourbillon de sonorités jazz et rock en fusion. Ainsi se mélangent dans une bonne humeur générale une batterie archi-déchaînée, des riffs de guitares tous droits sortis d’un jazz fusion, un saxophone festif et un chant inhibé d’émotion, reflétant par ses variations de tons la diversité musicale produite par le groupe. Un titre original, un hit monumental. « Funny The Way It Is » lorgne davantage du côté de la pop, douce et mélancolique durant le couplet, plus énergique et plus enlevée lors du refrain, évoquant malgré sa densité instrumentale la simplicité de la musique populaire. Un sentiment unique que l’on ne peut trouver que chez la bande à Dave Matthews. « Lying In The Hands Of God » continuer de multiplier les paradoxes de la musique. D’une beauté évidente, cette longue ballade pop lancinante qu’apprécieront sans souci des fans de Coldplay, est beaucoup plus complexe que ses chœurs charmeurs laissent imaginer. Des guitares tantôt bluesy tantôt classiques, un saxophone titubant, le caractère progressif du titre, un ensemble d’indices qui prouvent combien le groupe se donne du mal pour éviter la comparaison. La pop-rock song « Why I Am » renoue avec les festivités. Entre la rythmique rock, les chœurs kitsch, et la voix de Dave Matthews, difficile de ne pas penser à Genesis période Peter Gabriel. Et on comprend alors ce qui plaît aux amateurs de rock progressif: cette variété infinie de rythmes, d’instruments qui se superposent à l’improviste, ses mélodies non formatées mais pourtant équilibrées. « Dive In » possède tous les atouts pour ravir de nouveau les amateurs de pop-rock sensible et léchée. Sous la tristesse adolescente de son piano, il y a une voix classieuse et une instrumentation soignée, comparable aux mélodies d’Ozark Henry. Mais sous ses airs classiques se glisse un solo digne de David Gilmour, un refrain rock typé seventies. Incroyable comme la démarche complexe et progressive de leur musique peut se concilier avec efficacité et accessibilité.
« Spaceman » poursuit l’aventure sur un jazz-rock cool dégoulinant de feeling et de simplicité, attendant un refrain popisant à souhait pour se détendre complètement, pieds dans l’eau, banjo à la main. Une bande son parfaite pour l’été, en clair. « Squirm » est une bombe rock à retardement. Intriguant comme le thème de James Bond et hypnotisant comme l’oriental « Kashmir » de Led Zeppelin, le morceau prend des couleurs psychédéliques absolument splendides. La dynamique titubante du titre est jouissive, et une fois l’équilibre instrumental brisé, la piste devient un défouloir pour musiciens surdoués. Et comment imaginer après un tel chaos le blues-rock puissant d’« Alligator Pie ». A Nashville, les chapeaux de cowboy dansent déjà et les bottes en croco frappent le sol. Le revirement de genre est déjà improbable, mais faire mieux en un titre que n’importe quel bluesman relève du miracle. Et pourtant, c’est un nouveau hit incontournable qui tombe dans leur besace. Sur « Seven », pop, jazz et rock se côtoient avec brio quand la voix de Dave Matthews. « Time Bomb » porte quand à lui bien son nom. Le titre débute par une introduction jazzy très générique TV des années 90, continue sur une mélodie pop aérienne acoustique tantôt douce, tantôt entraînante, et se termine dans un déluge de rock-métal que ne renierait pas un groupe comme Anathema. La fin de l’opus se précise et la mélancolie revient. Le folk et la pop du triste« Baby Blue » se traduit par une guitare acoustique de premier plan et un violon sobre en fond. En résulte une ballade sincère et épurée. Puis comme toute bonne chose à une fin, le disque se termine avec « You & Me », longue plage pop étendue et inspirée qui évoque de nouveau Peter Gabriel, mais pour ses travaux solo cette fois. Une dernière chanson comme démonstration finale du talent hallucinant du Dave Matthews Band. Des lignes de chant proches de l’ex-leader de Genesis donc, une instrumentation riche et soignée, un refrain-hymne évasif comme seul Toto a su en faire par le passé, et tellement de choses uniques encore. prend des intonations parfois lyriques, parfois R&B. Toujours surprenant et agréable.
« Big Whiskey and the Groogrux King » est assurément un album fédérateur. Festifs ou mélancoliques, les membres du groupes lâchent une par une leurs pépites musicales, nageant avec l’aisance d’une dauphin entre les genres, avec comme seule volonté d’être accessible. Et malgré une approche musicale qui s’appuie sur la variété instrumentale et une production typique des formations de groupes progressifs, ils parviennent à donner une efficacité et une évidence hallucinante à chaque chanson. Un patchwork génial pour la forme, une mine d’or inépuisable pour le fond. Et je termine avec cet extrait d’un entretien entre Dave Matthews et l’équipe de Progressia « Volez ou achetez notre musique, mais surtout, écoutez-là ! C’est de la bonne musique et surtout aimez les étrangers, c’est la chose la plus importante ! Considérez comme acquis les gens que vous aimez, laissez-les à la maison et allez passer du temps avec ceux que vous n’aimez pas… (rires) C’est ce que la vie devrait être : laissez tranquilles ceux qu’on aime et se forcer à fréquenter d’autres personnes qu’on n’aime pas ». Une philosophie formidable en plus d’une musique qui l’est tout autant. Difficile de ne pas en faire son album de l’année, non ?
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Sortie: 02 Juin 2009 | Genre: Folk, Rock, Jazz, Pop | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.







































































Ça fait longtemps que je les suis et c’est vraiment un des exemples les plus étranges de groupe qui cartonne aux Etats-Unis et pas en France. Pas encore écouté le nouveau mais ta chronique me rassure
Un excellent album, une alchimie toujours intéressante d’instruments qu’on s’amuse à chercher. « Tiens c’était quoi ça ? ». Des morceaux variés, qui laissent soit la place à la basse soit la place à la guitare, soit la place à d’autres instruments en font un album très équilibré qui plaira à tous.
Je reste néanmoins sur mon avis qui est que DMB est surtout transcendant en live.