
Josh Tillman est davantage connu pour son rôle de batteur au sein des Fleet Foxes que pour son parcours en solo. Et pourtant, « Vacilando Territory Blues » est déjà le cinquième opus du folk-singer américain. Moins démonstrative que celle de son groupe actuel, sa musique navigue dans les eaux calmes du folk et du blues. A l’instar d’un Ray Lamontagne, les émotions passent davantage par son timbre de voix frissonnant que par ses compositions. Souvent épurées, ces dernières ne laissent que peu de temps à des mélodies plus musclées. Le bonhomme finit logiquement par tourner en rond, voyant ses balades minimalistes se ressembler inlassablement au fil du disque. Mais pourvu d’un organe en or, il compense en partie ce manque de variations par des interprétations sensibles. Malheureusement pas assez pour rendre ces longues minutes à fleur de peau plus jolies qu’elles ne sont ennuyantes.

C’est sous la pluie de « All You See » que tout commence. Et en moins de 50 secondes, le chant religieux de Josh laisse des échos frissonnants envahir l’atmosphère, et présage un album fort en émotions. L’acoustique « No Occasion » est une ballade folk accompagnée de quelques violons et quelques touches de piano. Le chant, qu’il soit doux ou plus puissant, reste la vraie raison d’être du titre, faisant oublier l’anecdotique montée en puissance des fûts et des « Ooouh Ooouh » légèrement pompeux. On lui préfère « Firstborn », même si les vocalises pompeuses se font plus présentes. La mélodie est réduite à son plus simple appareil ou presque, mais les lignes de chants sont bien plus jolies sur cette complainte acoustique. Plus il avance dans l’album, et plus l’instrumentation diminue autour de son chant aspiré. Et plus elle diminue, plus le rapprochement avec son auditeur semble réel. Les « Oouuh Oouuh » sont plus angéliques et ne donnent plus ce sentiment de mauvais remplissage, et son chant devient de plus en plus obsédant. « James Blues » est significatif de cette progression artistique. Grâce à un son de plus en plus live, J . Tillman semble donner un concert intimiste à quelques heureux, qui peuvent déguster une mélodie pop-folk gracieuse, belle et entêtante. Samuel Beam (Iron & Wine) n’aurait pas fait mieux. L’artiste reprend du poil de la bête avec « Steel On Steel », aux colorations plus bluesy, plus folk-rock, sans superflus pour autant. Le chant mélancolique, plus effacé, propose une jolie variante à une dynamique instrumentale plus enjouée. Mais il lui suffit de quelques secondes pour proposer un mini break acoustique captivant de sincérité et rompre avec la composition jusqu’alors plus sautillante.
Malgré quelques roulements de tambours propres au cirque, le sourire des clowns n’a pas vraiment sa place sur « Labourless Land ». Jamais aussi touchant que quand il est soufflé à quelques centimètres de nos oreilles, son chant triste et désespéré ne laisse place qu’au chaos et balaye l’espoir de retrouver l’envie de s’amuser un jour. Frustrant de beauté. « Barter Blues » ne renonce pas à la mélancolie, mais l’air blues est ici plus respirable, moins étouffant. Cependant, les rythmes et les ambiances sont trop changeants, et le morceau trop décousu et trop long. La révolution électrique entamée à la fin de ce titre continue sur « New Imperial Grand Blues », dont l’introduction très rock indique un changement de style intéressant. Et Tillman saute pieds joints, sans bottes, dans ce blues boueux et rudimentaire qu’un Jack White soft aurait pu composer. Et la prestation vocale associe le groove à son charme cette fois. Une fois tout le matériel rangé, il se retrouve seul avec sa guitare acoustique pour « Master’s House » , une ballade folk réduite à son plus simple appareil. Forcément jolie quand on dispose d’une voix aussi envoûtante que celle de Josh, il ne reste plus grand chose à se mettre sous la dent. Du coup, l’ennui s’installe et se propage sur « Someone, With Child », dont la mélancolie n’est plus que lourdeur, ou sur « Above All Men ». Bien que la mélodie soit plus prenante, il n’en ressort plus que cette impression de redite franchement barbante. Et le constat est le même avec la conclusion du disque, « Vacilando Territory », énième chanson de désespoir, qui sans oser la comparaison avec l’insistance pleurnichante d’un James Blunt par exemple, ne suscite plus le moindre intérêt.
Inutile de dire qu’on préfère voir Josh Tillman s’investir aux côtés des Fleet Foxes. Son numéro de vagabond solitaire n’est pas encore au point, et son timbre ne fait pas tout. Laissant trop de côté sa musique pour se concentrer volontairement sur ses harmonies vocales, l’auditeur se laissera balader gentiment pendant quelques titres avant d’attendre justement de nouvelles dynamiques et des changements mélodiques qui ne viendront que trop rarement. Reste l’intérêt pour Josh Tillman de rappeler qu’il n’est pas qu’un simple batteur d’un excellent groupe, mais un folk-singer généreux respectable, un artiste à part entière.
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Sortie: 19 Janvier 2009 | Genre: Folk, Blues | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
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