
Guitariste à l’origine du groupe de rock 30 Seconds To Mars, Solon Bixler s’est lancé en 2005 dans une nouvelle aventure musicale aux côtés de Rachel Stolte pour former le groupe Great Northern. Auteur d’un premier album remarqué en 2007 grâce à ses mélodies en apesanteur, les américains ont décidé avec Remind Me Where Is The Light de tenter un pari rock plus incisif, abandonnant leur style aérien prometteur. Ce revirement artistique n’est pas un échec cuisant, mais une belle déception. Malgré quelques mélodies puissantes et sucreries rock un peu adolescentes très efficaces, le duo peine à trouver ses marques, alternant le bon et le moins bon, dans un registre finalement moins intéressant. Remind Me Where Is The Light est un album rock à l’instrumentation lassante, dont les compositions oscillent maladroitement entre productions indépendantes et commerciales. Déjà très prévisible par le passé, Great Northern manque trop souvent d’idées pour espérer trouver sa place dans un milieu rock surpeuplé.

Heureusement pour eux, le duo d’outre Atlantique sait produire une véritable osmose vocale, ce qui tend à rendre plus agréables les compositions les plus fades. Tout commence avec « Story », une début de chœurs pop, une rythmique basique et une structure couplet/refrain tout ce qu’il y a de plus classique. Confiné dans une atmosphère lourde et usante, il ne reste que quelques harmonies vocales pour nous rappeler au bon souvenir « Trading Twilight For Daylight« . « Houses », toujours aussi surprenante qu’une explosion dans un café irakien, forme néanmoins un excellent single. Les guitares ronronnantes et la grosse caisse forment une mélodie pop-rock enlevée et claire, laissant la voix gothique et planante de Rachel établir un efficace contraste. Et même avec un refrain puissant assez insipide, l’écoute reste agréable. Les premières douceurs apparaissent sur l’introduction assez obscure de « Fingers ». Et c’est dans une ambiance synthétique plutôt quelconque que le morceau va vite devenir très excitant. Montant peu à peu en puissance, le chant granuleux et envoûtant de Rachel se fait de plus en plus insistant, attendant patiemment que l’auditeur se sente un peu coupable d’apprécier progressivement cette mélodie adolescente. « Snakes » semble prendre une tournure folk-rock, portée par une ligne mélodique très proche du « Knocked Up » des Kings Of Leon. Certes, la montée en puissance n’est pas franchement exceptionnelle, les ambiances deviennent rapidement irritantes et peu personnelles, mais le tout se tient. Ce n’est pas le cas de la première ballade sensible mais ennuyante « Stop ». La ressemblance avec les morceaux des Stars est frappante mais la comparaison n’est pas de l’ordre du jour. Loin de retranscrire leurs ambiances mélancoliques et synthétiques des canadiens, le morceau n’a alors plus beaucoup d’intêrèt. Confirmation avec « New Tricks », qui reprend les mêmes ingrédients, et se veut particulièrement de mauvais goût. Une sorte de musique de film reprogrammée à la sauce électronique et sans finitions où le groupe perd le fil et part dans des expérimentations sonores inutiles qu’il est bon de laisser aux malheureux Grizzly Bear.
« Mountain » permet à Great Northern de reprendre un peu du poil de la bête, mais les américains ne profitent que de quelques secondes de mélodie épurée pour rappeler à quel point ils peuvent être envoûtants. Parce que s’ils ne sont pas franchement ridicules quand leur musique explose, c’est surtout le timbre de Miss Stolte qui vient sauver les meubles, et fait oublier quelques instants ce rock un peu trop chargé. Et de sauver les meubles, il en est plus que question sur « Warning ». Pourvu d’une composition pauvre, le sentiment de redondance devient de plus en plus fort. Il faut encore compter sur un batteur qui ne fait marcher que sa grosse caisse et sur sa voix ensorcelante pour éviter une nouvelle noyade. Paradoxalement, c’est en jouant le plus près des limites avec ce qu’il y a de plus fade dans le rock que Great Northern s’en sort le mieux. L’arnaque mélancolique « Driveway » laisse enfin un quelques minutes à Solon Bixler pour qu’il puisse l’ouvrir un peu. Mais il est clair que sans son homologue féminin à ses côtés, il a bien du mal à tenir la barque, peu aidé à côté de ça par cette balade peu inspirée. « Numbers » est finalement le meilleur titre du disque, le duo trouvant enfin un juste milieu mélodique qui les fuyait jusqu’à présent. La puissance rock développée sur cet opus s’acoquine avec les inspirations aériennes de son prédécesseur, et il en résulte un voyage euphorisant, transpirant, qui semble soulager tout le monde. Comme un état de grâce provisoire, comme une excuse de leurs écarts avec cet opus, comme un rappel qu’ils existent encore et qu’ils ne faut pas les enterrer trop vite. Ils concluent finalement leur effort par une pop/folk song imparfaite mais rafraîchissante. En souhaitant insérer une montée en puissance lors des refrains, ils gâchent le calme acoustique qui s’installait sympathiquement dans les esprits.
Inégal et maladroit, c’est ce qui vient à l’esprit une fois l’écoute de Remind Me Where Is The Light terminée. Ne sachant jamais comment se positionner artistiquement, le groupe vagabonde à l’aveugle sur un territoire inconnu pour eux. La prise de risque liée à cette mutation rock ne se retrouve pas dans l’album, qui se contente de structures très formatés, même si l’on sent Great Northern ne jamais abdiquer quant à garder une certaine identité musicale. Rachel Stolte a beau briller dans ses interprétations, elle ne peut pas effacer la lourdeur de certains titres et un manque général d’ambition. Heureusement, ils déversent quand même quelques moments de musique intense qui rallument de justesse les bougies de l’espoir. Un échec, non, une expérience difficile à ne pas renouveler, certainement.
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Sortie: 28 Avril 2009 | Genre: Rock | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.







































































Le groupe ne m’a que peu intéressé mais c’est une fois de plus fichtrement bien écrit !