
S’il existe bien un artiste sous-médiatisé dans le métier, c’est bien Joseph Arthur. Depuis des années, le songwriter américain s’évertue à être hyper productif, sortant EPs sur EPs, albums sur albums, sans négligence artistique. Et malgré des critiques élogieuses en France, la force de son talent est encore peu connue du grand public. Découvert par Peter Gabriel et Lou Reed, l’artiste, accompagné depuis quelques temps des Lonely Astronauts, sort en 2008 son septième album studio intitulé « Temporary People ». Et comme a son habitude, il fait valoir son savoir-faire exceptionnel pour composer ballades folk intimistes et compositions folk rock plus musclées. Un peu moins ambitieux qu’avec son prédécesseur « Let’s Just Be« , le chanteur se débarrasse d’expérimentations sonores inutiles, se consacrant davantage à rendre une copie plus hétérogène. Le timbre de Joseph Arthur, toujours autant vecteur d’émotions, porte avec sincérité douze titres de folk-rock intenses. Et il n’a pas oublié de glisser quelques perles dont il a le secret. Un énième album qui ne doit son époustouflante réussite qu’au travail dans l’ombre effectué par ce bosseur exemplaire.

« Temporary People » et ses choeurs féminins ouvrent l’album par un saisissant contraste de mélancolie et de bonne humeur. Ce qui semble être une ballade acoustique accompagnée de quelques notes de piano, s’électrise rapidement, gagne en intensité, et les premiers riffs décapants et rageurs des Lonely Astronauts font leurs apparitions. Une mise en bouche qui voit l’entêtant « Faith » prendre le relais, rythmé par une guitare acoustique. Les sonorités électriques rappellent à la fois la musique orientale et le blues américain, pendant que le chant rocailleux et ‘jemenfoutiste’ de Joe commence à prendre ses marques. Bien loin de ses complaintes en solitaire, le songwriter n’a jamais été aussi rock’n'roll dans ses chansons. Et elles-mêmes n’ont jamais dégagé autant d’énergie et d’intensité. « Say Goodbye », la véritable première ballade folk de l’opus, peut se targuer d’une instrumentation terriblement soignée et d’un refrain à chanter en boucle dans sa salle de bain. « Dear Savior » est une piste folk-rock dans la lignée des compositions de « Highway 61″de Dylan, dotée d’une dynamique hachée et plein de désinvolture. Et c’est dans cette ambiance teintée de psychédélisme que se dessine doucement tout le talent de Joseph Arthur. « Look Into The Sky » est peut-être la mélodie la plus entraînante de cet album. Son approche musicale est devenue résolument plus moderne, mais certaines notes de guitares trahissent encore son amour des seventies. Un mélange de puissance et de nostalgie pourvu d’une superbe mélodie qui en font un des plus beaux titres composés par l’américain. Mélodiquement tout aussi réussi, l’immense « Sunrise Dolls » fait parti du panel des ballades folk-rock inimitables. D’une beauté et d’une clarté hallucinante, on se régale d’entendre cette voix éraillée et chaleureuse noyée dans un flot sonore qui nous ramène 40 ans en arrière. Les Lonely Astronauts en profitent pour nous fourguer un solo généreux qui assume définitivement ce penchant très rock’n'roll et brut de décoffrage.
« A Dream Is Longer Than The Night » assure dans une ambiance chaotique une coupure folk bienvenue après un début tonitruant. « Heart’s A Soldier » laisse sa basse ronronnante guider l’auditeur avant que le refrain ne prenne une coloration gospel rafraîchissante et un peu kitsch. Et puis vient le tour de « Turn You On », éclatant de beauté par son couplet mélancolique, débordant d’intensité par un refrain plus pop. La reverb des guitares ne sert qu’à faire briller l’ensemble. « Winter Blades », plus direct, fait penser aux Rolling Stones et leur rock pêchu. Un morceau brut d’énergie qui donne envie de se lancer dans une longue série de bières Leffe en terrasse. On approche à grands pas de la fin, et « Drive » vient nous envoûter pendant cinq minutes. Beaucoup d’allure et des chœurs féminins beaux à mourir pour un rêve musical qu’on aimerait sans fin. L’album se termine par « Good Friend » sur un air country-blues classe, où synthétiseurs rétro, harmonica et guitares slide apportent une profondeur et une richesse incroyable à ce qui serait resté chez beaucoup une ballade acoustique classique.
« Temporary People » est une virée inoubliable et mouvementée dans l’univers rock de Joseph Arthur et de sa bande. Un univers rock brut de décoffrage marqué à vif par un songwriting de grande qualité dans la lignée des artistes folk et blues d’il y a quelques décennies. L’avantage est que tout le monde y trouve son compte. De Bob Dylan aux Stones, en passant par Lou Reed, l’américain distille avec brio ses influences artistiques dans des compositions énergiques d’une étrange modernité. « Temporary People » est enfin LE disque à la hauteur de cet artiste attachant et authentique.
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Sortie: 30 Septembre 2008 | Genre: Folk-Rock | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.







































































Merci pour cette critique ! Je suis bien d’accord avec toi sur le fait qu’il est injustement méconnu. Tu m’as en tout cas donné envie d’écouter cet album : je ne l’avais pas fait parce que le précédent m’avait un peu laissé de marbre.
Une critique comme la tienne ne peut que me combler. J’ai vu Joseph Arthur en concert au mois de mars au Rockstore à Montpellier. Cela a été une grande découverte ne connaissant que quelques titres de lui depuis je comble mon retard et ne me lasse pas d’écouter ces précédents albums. Les 4 EP qu’il a sorti avant Temporary People sont aussi très bons. Vivement ces prochains concerts après les Vieilles Charrues et Paris Plage il commencera une nouvelle tournée et passera au mois d’octobre à Paris et à Marseille. J’attends que les places soient mises en vente. Ces albums sont très bons mais c’est en le voyant sur scène que l’on sent à quel point c’est un véritable artiste. Malheureusement comme tous les vrais artistes il reste à ce jour méconnu.