Découvert par le plus grand des hasards grâce à l’inévitable IndieRockCafé, Lemon Sun est un groupe de rock californien, du vieux rock puissant et groovy comme on les aime, qui sent bon les cigarettes et les virées sur la côte ouest. Après la sortie de deux EPs, ils proposent leur premier album, « Run With The Faithless« . A priori classique si on se réfère au son chaleureux et à un jeu sans excès de la part des membres du groupe, l’opus se révèle de plus en plus intéressant au fur et à mesure que les titres défilent. En se calquant parfois sur des rythmiques typiques des écuries de rock indé britannique, on pense souvent aux très bons Kooks, Lemon Sun arrive à diversifier sa musique et à conserver leur fraîcheur de par un côté power-pop vraiment sympathique. En 12 titres, dont pas un seul n’est à jeter, les américains font preuve d’une efficacité et d’une rigueur dans leurs jeux qui compensent sans problème un manque de folie un peu dommageable. Qu’importe, le disque est très bon, solide de A à Z, et la seule question qui nous reste après son écoute est: « Pourquoi un groupe de cette trempe n’est pas encore signé chez un label ? »
L’introduction électrique de « Congratulate Our Thievery » et sa batterie en premier plan évoquent tout de suite les Arctic Monkeys ou The Last Shadow Puppets. Plus à Londres qu’en Californie en somme. même Robert Kolar, lead singer du groupe, excellent au demeurant, laisse un peu la même emprunte vocale qu’un Alex Turner sur ce morceau. La mélodie a un côté déjà vu évident, mais l’énergie et l’équilibre mélodique sont là. Les riffs de guitares sont aussi sobres que bien aiguisés, le refrain est explosif comme on pouvait s’y attendre, la voix éraillée de Rob fait merveille, et le soutien vocal surpuissant de ses compagnons arrive à point nommé dans une excellente première chanson. « Run With The Faithless » fait également honneur au disque. Porté par quelques notes électriques, une basse classique mais efficace, et une batterie à la rythmique binaire, la mélodie est imparable après quelques secondes seulement. Le chant à la fois aérien et très rock démontre une approche vocale vraiment intéressante de la part de Robert, laissant présager une suite des plus passionnantes. L’envolée électrique finale, ainsi que quelques notes de claviers sorties des années 60 donnent encore plus de vie et de classe à leur musique. « Edge Of Defeat« , avec sa grosse caisse et son solo de guitare final un peu forcé a un réel charme. Couplets et refrains ont été entendus des dizaines de fois dans la production rock actuelle, mais nul sait pourquoi, on n’a pas envie de fondre Lemon Sun dans la masse. Certainement un ressenti personnel, ou simplement le fait que les zozos vont à l’essentiel, et trouvent le moyen d’être toujours là où ils sont attendus musicalement parlant. Pas une seconde d’ennui, et une vraie chaleur sonore qui touche leurs compositions. « The Thrill » calme un peu le tempo malgré des guitares acérées et sa batterie martelée. Les harmonies vocales de Robert évoluent encore, laissant place à un peu plus de désinvolture. Le reste de l’équipe se contente de « Ouhhh Ouhhh » romantiques dans le fond. Le groove de « Wanna Have You » est incomparable, sa mélodie un brin kitch mais imparable, et on est pris par la rythmique hypnotique des guitares et par un chant rêveur. Rien de bien novateur là dedans, mais une rigueur artistique suffisante pour embraser une musique terriblement plaisante, et rétro juste ce qu’il faut, en atteste le solo électrique seventies, façon Thin Lizzy. « Fall For You » semble renouer avec le son de leur pays originel, et reste une ballade rock efficace toujours bonne à mettre en fond. Son côté lancinant, ses arpèges de guitares et l’accélération rythmique finale restent un délice.
Robert profite ensuite de « The Loner » pour jouer les singers-songwriters du jour, avec une ballade essentiellement acoustique. Hormis le clavier rétro, la structure du titre ne laisse jamais place à la surprise. Il faut alors une timbre digne d’un Joe Haege (31 Knots) pour donner tout l’intérêt au titre. Et pour l’anecdote, mon esprit un peu trop calculateur a repéré comme un clin d’oeil à « Live And Let Die » des Guns N’ Roses à 0′58 ». Enfin bref, c’est pas ça qui va rendre plus pertinent cette critique. Alors, s’il y a bien un titre à écouter en boucle sur ce disque, c’est sans aucun doute « Same Old Ground », aussi primaire que groovy et réussi. Sous un air power-pop entêtant à souhait, on se retrouve en plein roadtrip, cheveux au vent, wayfarers sur le nez, cigarettes au bec, les filles en maillot de bain à l’arrière de la décapotable. Le chant énergique de Rob est une nouvelle fois rempli de feeling, le bonhomme s’arrachant les cordes vocales, comme s’il fallait dépoussiérer les lyrics. Un sacré tube pour cet été. « Nobody Knows » monte en puissance entre un couplet plutôt noble et posé et un refrain beaucoup plus enlevé. Et le constat est toujours le même: les mélodies sont sans exception très efficaces. « Did You Say » reste encore très proche des compositions britanniques actuelles. Seules les variations des lignes de chants et l’apparition d’une voix féminine se distinguent très clairement du morceau. Pas pour autant qu’on se lasse du travail instrumental du groupe, toujours subtil et contrôlé, de façon à ne surtout entacher le tableau, ne serait ce que sur quelques millimètres. « Steal Us Away » est une nouvelle ballade vitaminée dont le groupe a désormais le secret. Classique du début à la fin, et peut-être moins transcendant et plus barbant que le reste du disque, mais il m’est impossible de leur reprocher quoi que ce soit. D’autant qu’il y a toujours un break bien senti par ci, une variation rythmique par là, en l’occurrence pour le cas présent, des riffs étouffés à forte reverb, au son « floydien ». Et à l’image d’un disque très attendu, mais jamais trop, Run With The Faithless se termine avec « Dying Age« , une ballade acoustique pas chiante à écouter, mais surtout pas passionnante. La seule fois où l’approche musicale classicisme et pompeuse du groupe pourra s’avérer être un défaut.
Album rock de l’année à l’instant où j’écris ses lignes, Run With The Faithless est une leçon de rock’n'roll. Pourvu de titres très prévisibles, Lemon Sun parvient à mettre ce défaut complètement de côté à force de rigueur et de sérieux. La question d’un éventuel manque de surprise ne se pose alors même plus. Bourré de mélodies certifiés 100 % efficacité, ce premier album enterre facilement la discographie de plusieurs groupes pas plus rock qu’une grand-mère dans le Larzac, qui pensent naïvement qu’il suffit de pomper le rock des sixties, s’inspirer des Arctic Monkeys et porter des blousons en cuir pour produire des disques géniaux. En ce sens là, cet album prouve qu’on peut effectivement laisser tomber l’innovation, qu’on peut s’inspirer d’autres groupes, mais qu’on ne fait rien de bien bandant si on ne trouve pas sa propre énergie. Lemon Sun l’a trouvé, à travers le jeu de musiciens influencés par des genres différents. Avec un tel équilibre instrumental, le groupe a déjà de quoi impressionner. Ils réjouiront les fans de bon rock, puisque Run With The Faithless est un must, réalisant une alchimie idéale entre la musique authentique et légère d’il y a quarante ans et les productions rock plus modernes et denses.
![]()
Sortie: ? ? 2009 | Genre: Rock, Power-Pop, 60’s | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.


























































