
Fondé en 2001, le groupe parisien Chicros (ou Los Chicros, comme il vous plaira) a parcouru bien du chemin avant de sortir le mois dernier « Radiotransmission« . C’est seulement le deuxième album pour le groupe, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’ambition. En proposant pas moins de 19 chansons, les Chicros proposent un véritable zapping virtuel sur des ondes de radio fictives. Sans aucun doute original, ce disque était sans doute l’occasion pour la bande d’étaler leurs influences et leurs envies musicales, sans aucune autre limite que le concept même leur permettait. Un concept qui a le seul désavantage de ne pas favoriser l’écoute titre par titre (si tenté qu’on aimerait piocher de ci de là quelques chansons). En revanche, écouter l’ensemble d’une traite s’avère intéressant, amusant parfois, et rafraîchissant. Certes, l’intégrale des pistes se tient sur 36 petites minutes, mais sans doute que le concept même de l’album se se serait essoufflé au delà. Assez déroutant au premier abord, et pas vraiment transcendant du début à la fin, les quatre frenchies semblent être à l’aise dans leurs baskets, et il est nécessaire de saluer une démarche musicale plutôt casse gueule. Les Chicros sont heureusement de bon équilibristes.

« Radiotransmission » ouvre cette galette riche en couleurs, en imitant de suite des changements de fréquences de radio, laissant ensuite une ambiance synthétique et spatiale prendre le relais. Suffisant pour comprendre que l’album est très différent de ce que l’on peut écouter d’habitude. L’atmosphère est ensorcelante, les chœurs hypnotiques. Et nous voilà déjà plongé dans l’univers musical des Chicros, attendant impatiemment la suite. « What’s News Today On TV » apparaît comme un single pop parfait, teinté de psychédélisme, avec sa mélodie sautillante et ses chœurs un brin rétro. Le chant principal, tout en retenue, se fond parfaitement au sein d’une composition riche et dense, fourmillant de détails sonores, preuve que le travail n’a pas été bâclé. A noter que cette chanson serait parfaite dans un spot publicitaire. « Radio« , qui suit, est certainement mon titre favori. Parfaitement produit, les premières notes électroniques des synthés nous rappellent les sonorités mystiques des Bat For Lashes, tandis que le contraste entre une mélodie pop-folk psychédélidique et un chant presque « futuriste » est saisissant. Le groupe parvient à faire ressortir une intensité énorme, sans jamais sembler avoir le besoin d’accélérer le rythme. De la guitare acoustique au psychédélisme ambiant, des synthés aux guitares électriques, tout est parfait. Introduisant une reprise originale des Dead Kennedys, « Radio Depressed » est une interlude originale et amusante, où des chœurs très sixties, façon Beach Boys, précèdent un discours très dépressif, le bruit ambiant de la pluie ne servant qu’à accentuer le côté loose d’un adolescent. Débarque alors la fameuse reprise des californiens, totalement imprévisible. Imaginez des nappes sonores similaires à celles des compositions grandiloquentes du rock progressif. Imaginez maintenant un phrasé hip-hop plein de désinvolture en plus de ces couches sonores et vous obtenez une cover délirante conclue par un formidable ‘I’m very sorry about that ». On en sourit, ce qui est plutôt bon signe. « Negrita » enchaîne, et coupe net avec le titre précédent. La mélodie respire la world music, les senteurs orientales, et couplets comme refrains dégagent la même sympathie, la même fraîcheur. De plus en plus varié, la créativité est décidément un point fort des Chicros. A moitié parodique quand ils se muent en rappeurs, l’imitation dépasse l’amusement. Sur un fond rock à la limite de la saturation, les français semblent incroyablement à l’aise en « Big Daddy Pip Jr », ne délaissant jamais le language du milieu Rap US, à grands coups de ‘Nigga, Bitch, Fuck‘ et j’en passe. Vraiment excellent. D’une atmosphère gangsta, on se retrouve avec un « Johnny Rocket’s Midnight House« , qui rappelle les grandes émissions de radio au temps où naissaient les Johnny Cash, Bob Dylan, et autres artistes de folk, de country et de blues. « Why? » ressemble étrangement à une version d’ « Hallelujah« jouée sous acide. Le chant perché et les choeurs toujours rétro qui l’accompagnent rappellent une fois de plus la grande époque de la pop britannique et américaine des années 60.
L’instrumental torturé « If You Leave Me, Leave Me Running » aurait sans doute plus sa place dans des films noirs ou des films d’horreur que sur une radio (si on s’en tient à leur concept), et force est de constater qu’elle me laisse de marbre, malgré une originalité certaine. La déception s’efface vite grâce à « Without You« , où la douce voix pop de Brisa Roché, vient donner la réplique aux membres du groupe. Et je ne sais pas si ce ressenti est dû à une présence féminine, mais j’ai l’impression d’entendre, sur le refrain essentiellement, le dernier album de Lily Allen. Ce qui est à prendre comme un compliment puisque j’ai beaucoup d’estime pour la pop sucrée de la britannique. Les Chicros y ajoutent peut être un peu de soul, et des claviers kitsch. C’est en tout cas très chouette. « Where I’m From ? » rappelle combien le groupe ne reste pas en place, et combien cet album se diversifie. Porté par un piano qui sent bon le whisky, les cowboys et les saloons, c’est désormais le doo-wop qui prend le contrôle de la mélodie et qui vient nous chatouiller les oreilles. Dans « Radio Jesus« , c’est un prêcheur qui prend la parole après un bref passage de rock aérien. Sur « Winos For Jesus« , c’est un mélange croustillant de folk et de gospel qui anime des mélodies définitivement prenantes. Le retour du prêcheur dans son église à la fin du titre est terriblement drôle. Jamais au bout de nos surprises avec ces zozos, « New Orleans« , du haut de ses trois minutes et quelques, fait parti des titres fleuves de « Radiotransmission« . Comme « What’s New Today On TV« , le morceau est l’un des seuls qui peut s’écouter sans aucun problème isolé, d’autant que c’est une vraie réussite. Mélodiquement très efficace, le côté rétro de leur son est vraiment enivrant et les amateurs de la pop et des chœurs expressifs seront ravis. La production est vraiment très bien pensée, chaque instrument trouvant sa place pour donner de la densité à leurs compositions, et les harmonies vocales dégagent un vrai feeling, un vrai groove. Après une interlude à l’intérêt plutôt limité « I Ain’t Doing Cocaine No More« , et l’halluciné et vampirique « Radio Drugs« , finement mené, c’est l’hypnotique « What Should Lie About ? » qui prend la suite. Dans une ambiance psychédélique et planante, ce sont des harmonies vocales et des chœurs un peu barrés qui prennent place. Un titre qui aurait sa place sur les productions ultra hype et expérimentales indépendantes de ces derniers temps (Grizzly Bear par exemple). Les parisiens concluent avec « What I Want ?« , une mélodie pop concise et très rétro, encore une fois, qui sent bon l’enregistrement dans un garage et sur un magnétophone.
Tout comme leurs influences, leurs inspirations sont nombreuses,et se révèlent souvent concluantes une fois matérialisées. Transporté tout du long par le concept très original de « Radiotransmission« , on reste agréablement surpris par le résultat final, mais quelque chose manque. Si l’idée principale qui entoure le disque est terriblement bien conçue, elle semble poser des limites indéniables. En proposant de nombreuses chansons, en traversant les époques, Los Chicros signent plus un disque de « reprises » réussies qu’autre chose. Alors bien sûr, s’attendre au contraire aurait été un peu crétin, mais on aurait souhaité encore plus de personnalité, et une prise de risque supplémentaire sur certaines chansons, vraiment très(trop) concises. En bref, on reste un peu sur notre faim. Pour autant, les parisiens prouvent très largement que le public indé peut se réjouir des productions françaises actuelles. Plein d’ambition, talentueux sans aucun doute, et très drôles quand il s’agit de jouer les speakers de radio, les Chicros ont plus d’un tour dans leur sac, et on a hâte de savoir ce qu’ils sont capables de préparer à l’avenir.En attendant, et sans constituer l’album de l’année, « Radiotransmission » demande en tout cas toute notre attention.
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Sortie: 18 Mai 2009 | Genre: Pop, Expérimental, Folk | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.






































































