Malcolm Middleton - Waxing Gibbous (2009)

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Connu surtout pour avoir été le multi-instrumentaliste du duo Arab Strap, séparé depuis 2006, le natif de Falkirk n’a pas chômé pour entamer une carrière solo. « Waxing Gibbous » est déjà le cinquième album de l’écossais, le premier de sa part que j’écoute avec un tant soit peu d’attention. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bonhomme possède un univers musical tout à fait étrange, et pas franchement définissable. Assurément influencé par le folk pour son songwriting et sa manière de chanter, Malcolm Middleton fait preuve d’inspirations géniales dans ses compositions, distillant balades et titres pop-rock à mille lieux de ce qu’on pourrait imaginer. Plus impressionnant encore, il n’hésite pas à plonger lui aussi dans le monde électronique pour placer ici et là quelques sonorités modernes, toujours avec modération, sans dénaturer ses mélodies. Mais la véritable force de cet opus vient des ambiances, souvent oniriques, dont la beauté se révèle au moment où Middleton se met à chanter. Rarement un contraste aura été si fort entre un chanteur et sa musique, et si passionnant. Encore plus savoureux qu’une glace menthe-chocolat.

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Tout commence avec « Red Travellin’ Socks« , concentré d’énergie multiple où accords acoustiques et riffs électriques saignants se mélangent avec brio. Du départ, la mélodie assomme, attendant patiemment que son compositeur vienne poser sa voix. A la manière d’un folk-singer, Malcolm fait preuve de sobriété et de calme, ne souhaitant jamais prendre le dessus sur la musique. Et c’est donc avec un rythme explosif que l’écoute de cet opus débute. Déjà très dynamique, l’impression que le titre va exploser est permanente, et il faut alors attendre un refrain magnifique et entraînant pour se sentir soulagé de toute cette intensité qui nous est imposée. Et on entend déjà quelques sonorités électroniques lors de la montée en puissance finale, aboutissement d’un premier titre décapant et inspiré. Tout aussi passionnant, « Kiss At The Station« , qui après une introduction acoustiques, va prendre des proportions ahurissantes. La batterie omniprésente insuffle une vraie énergie à un morceau pop-rock aérien. Une nouvelle fois très intense, cette ambiance électrique qui tournoie autour de la chanson est d’une rare beauté, comme ce refrain un peu naïf, et ce ton si relâché dans sa voix. Puis vient ce break acoustique, cette basse jazzy, des chœurs rétro façon The Explorers Club ou Fleet Foxes, de quoi surprendre de plaisir l’auditeur avant que le morceau ne reprenne son chemin initial. « Carry Me » est signe de repos, non pas pour nos émotions mais au moins pour nos oreilles. Splendide instant pop-folk mélancolique, Malcolm Middleton varie les ambiances, aussi bien musicalement qu’avec sa voix. Chant planant pour commencer, il s’accompagnera de chœurs féminins plutôt discrets quand il choisira de se placer comme conteur d’histoire, laissant l’ombre de David Bowie ou des Orphans & Vandals recouvrir la tristesse de sa voix. L’écossais semble être en état de grâce artistique, tellement ses choix sont payants et originaux. « Zero » démarre comme une ballade folk classique, à l’exception des claviers qui rappellent les ambiances d’Uriah Heep ou Deep Purple. A peine le temps de s’installer dans ce joli confort que de joyeuses sonorités électroniques et une guitare acoustique indiquent qu’il est temps de changer d’ambiance. On ne compte plus les breaks géniaux, l’efficacité mélodique de chaque morceau, et ces variations de rythmes incessantes. Toujours plus surprenant, l’ensemble reste étonnamment homogène. « Stop Doing Be Good« , à l’exception d’une montée en chœurs épique totalement démesurée, apparaît comme une ballade plutôt sobre comparé au reste. Toujours aussi subtil dans son écriture musicale, Middleton s’en sort parfaitement au chant, aussi bien adapté à la pop qu’au folk.

L’artiste renoue avec une certaine simplicité sur « Don’t Want To Sleep Tonight« . Toujours aussi mélancolique, le morceau est très épuré, laissant batterie et guitare acoustique se partager le tempo. On est presque un peu déçu que les sonorités cosmiques (qui ne sont pas sans rappeler l’excellent « Furr » de Blitzen Trapper) en introduction ne continuent pas leur routes un peu plus longtemps. En tout cas, le talent du britannique ne disparaît pas dans les moments plus intimistes. « Shadows« , écrite alors que le temps n’était pas à la fête, reflète tout le contraire. Porté par des « Doo Doo Dooh » féminins sautillants, et une mélodie acoustique terriblement entêtante, le titre s’emballe rapidement, se calme, puis repart en trombe. Si on commence à être habitué aux structures mélodiques et aux breaks de Malcolm Middleton, on ne se lasse pas de la multitude de détails sonores qui donnent un aspect onirique à ses morceaux. Il est également question d’onirisme et de magie sur « Ballad Of Fuck All« , nouvelle plage mélancolique de l’album. Comme chez le talentueux suédois José Gonzalez, la guitare acoustique raisonne, en résulte une ambiance pesante sur le titre. Pour le reste, il faut compter à nouveau sur une mélodie exceptionnelle et un Middleton plus folksinger que jamais. Dans une ambiance surréaliste et aérienne que ne renierait pas les Shins, Rogue Wave ou même Simon & Garfunkel, quelques chœurs magnifiques viennent purifier un peu plus un titre à la beauté exemplaire. Après cet instant rempli d’émotions, « Box & Knife » renoue avec les différentes influences déjà entrevues sur les titres précédents. Tour à tour électronica puis pop-rock sur le refrain, et une nouvelle fois parfaitement inspiré mélodiquement, son timbre de voix et sa manière de chanter sont un régal pour les oreilles, couplet comme chorus. Impressionnant. « Made Up Your Mind » est certainement le titre le plus épuré de l’album, et s’installe comme une détente romantico-acoustique bienvenue, et réussie. « Subset Of The World » est le dernier essai pop-rock de cet opus, condensé musical de tous ses prédécesseurs. Rythmique impeccable, batterie en position dominante, jeu acoustique dynamique, accent écossais très classe, basse groovy, riffs et nappes sonores aériennes. Intense et concis. L’album se conclue de la plus belle des manières avec un titre magistral à la progression insensée. L’introduction est un mélange d’électronique et de rock puissant, et suffirait à succéder « The Final Countdown » D’Europe pour l’entrée des équipes de foot sur le terrain. Le déluge sonore laisse alors sa place à un calme acoustique et quelques touches de piano, comme une éclaircie après un orage. Tempêtes chaotiques et lumières d’espoir se rencontreront à nouveau avant un bien joli final, emprunt de magie et d’un duo vocal avec une jeune femme tout à fait charmant.

Époustouflant du début à la fin, « Waxing Gibbous » est le produit d’un génie venu d’Ecosse. Varié, follement inspiré, subtil et puissant, mélodiquement parfait, Malcolm Middleton impressionne grâce à un univers musical varié, parfaitement condensé dans sa musique. Ne laissant jamais rien au hasard, l’artiste délivre une intensité exceptionnelle, quelque soit la richesse et le style de compositions. En alternant intelligemment balades mélancoliques et titres plus pop-rock et dynamique, l’auditeur ne s’ennuie jamais et chaque expérimentation et plus généralement tous les choix artistiques du bonhomme font mouche. Sans cesse surpris de ne jamais voir un coup de mou de Middleton sur un titre, on termine l’écoute de ce disque avec un sentiment d’exception musicale. L’ancien co-leader d’Arab Strap est simplement un artiste touché par la grâce, par le divin, et c’est nous qui en profitons. Pas de doute, cet album est un chef d’oeuvre unique, ce que j’ai écouté de plus excitant cette année avec le premier disque d’Orphans & Vandals. Impressionnant et terriblement touchant.

4-5

Sortie: 01 Juin 2009 | Genre: Electronica, Pop, Rock, Folk | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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