Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

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Après l’ensemble de critiques élogieuses qu’a pu recevoir Grizzly Bear pour la sortie de leur nouvel album, j’avais envie de publier la mienne, pour le coup beaucoup moins enthousiaste. Je vous rassure, je ne viens pas des Inrocks, et je ne descends donc pas un groupe dans le seul but de me différencier des « moutons ». On a beau tremblé d’admiration pour les nouvelles coqueluches indie que sont Grizzly Bear ou Animal Collective, et reconnaitre à la fois leur talent et ambition musicale, ce n’est pas toujours suffisant pour produire des albums intéressants, bien au contraire. Si le dernier disque d’Animal Collective arrive par des rythmes groovy et dansants à compenser le côté cérébral et barré de leur musique, Grizzly Bear, avec Veckatimest, tombe dans les travers de l’expérimentation à tout va. Pourtant plus talentueux, plus réfléchis et plus subtils que les auteurs du récent Merriweather Post Pavillon, la bande à Daniel Rossen a réussi à produire la parfaite caricature de la musique indépendante tel que je la vois aujourd’hui, où il est nécessaire d’expérimenter et de rechercher de nouveaux horizons pour forcer le trait marquant la frontière avec la musique commerciale et les majors. Voici donc Veckatimest, album de pop-folk trop ambitieux, trop fouillis, trop prétentieux, trop cérébral et trop complexe pour être apprécié. Un album surchargé et à mon goût surestimé.

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Au fond, je n’ai rien contre les folles inspirations et expérimentations de certains artistes. Mais quand ça ce ne rime à rien musicalement et que ça n’apporte pas une plus-value à un album, alors à quoi bon. Concernant les américains, le constat est encore différent puisque Veckatimest ressemble plus à un chantier, chaque piste devant un prétexte à faire joujou, à casser les codes classiques de la pop et de du folk, le tout sans jamais se demander si l’écoute globale du disque peut s’avérer agréable. « Yellow House« , leur disque précédent, avait le mérite de posséder quelques mélodies inspirés et prenantes. « Southern Point » nous noie déjà dans la variation d’ambiances et d’arrangements incessants. Après un début acoustique très 60’s, le morceau prend une dimension totalement improbable, glaciale, tant les instruments et expériences synthétiques sont nombreuses et fouillies. Les chœurs auquel tout le groupe contribue n’apportant pas de qualités mélodiques au morceau, on comprend mal où le groupe veut en venir. « Two Weeks« , déjà plus subtil et moins brouillon, se veut plus inspiré et plus réussi. Les harmonies vocales du groupe sont toujours vide d’émotions, mais l’insistance sonore des claviers est le premier choix expérimental intéressant de cet album. L’instrumentation du morceau serait parfaite pour illustrer le thème d’un film. « All We Ask » se veut plus intimiste, parfois très réussi (lignes de chant, partie acoustique), parfois beaucoup moins (batterie redondante), mais avant tout trop long pour ne pas lasser. « Fine For Now« , malgré une mélodie ennuyeuse et agaçante, permet d’entendre enfin un couplet avec un tantinet d’émotion, de feeling et de simplicité. Même la voix de Daniel Rossen ressemble à quelque chose d’humain par instants. On oubliera en revanche rapidement la tentative de montée en puissance finale, où tout le monde semble faire ce qui lui plaît, et tant pis pour ceux qui jouent à côté. « Cheerleader » et sa rythmique binaire commence à nous faire détester des chœurs encore moins supportables que les expérimentations sonores excessives de la bande. Et puis qu’est ce qu’on s’ennuie devant une musique aussi lente, où on préfère accumuler les couches sonores plutôt que de trouver une rythmique agréable et une belle mélodie.

« Dory » n’est pas là pour arranger l’indigestion sonore et la fatigue provoqués par une écoute attentive de leur disque. Évoluant sur un faux rythme, l’introduction calme immédiatement nos ardeurs avec un « Oouh Oouh » interminable et des chœurs d’une rare inutilité, pour en plus partir sur tout à fait autre chose une fois finie. Ou comment démontrer les limites d’une ambition artistique en une minute. La piste ne décollant jamais véritablement, comme à chaque fois depuis le début, ce n’est pas non plus cette fois-ci que notre cœur pourra s’emballer. Grizzly Bear s’est enfoncé dans une routine expérimentale vraiment épuisante et incompréhensible. Même constat avec « Ready Able« , faussement mélodique et faussement structuré. Les harmonies vocales sont désormais définitivement insupportables, le son trop haché pour ressembler ne serait ce qu’une seconde à quelque chose, et les arrangements et détails sonores semblent tous droits sortis d’un mauvais groupe de rock progressif. « About Face » est un titre prêt à exploser n’importe quand, mais une once de dynamisme et d’intérêt relève désormais du fantasme avec Grizzly Bear. Les Brooklynois continuent de miser tout sur des variations vocales et des chœurs omniprésents. Plutôt limité pour un groupe si ambitieux. « Hold Still » prolonge l’agonie entamée avec le titre précédent, avec une mélodie inexistante et des musiciens qui jouent au ralenti. Une pointe de mieux se fait apercevoir sur « While You Wait For The Others« , où le chant se met enfin au service de la musique. Certes, l’efficacité mélodique reste relativement discutable, mais leurs inspirations sont ici concluantes. La composition repose sur une base rythmique discernable, et les variations vocales sont cette fois vraiment bonnes. Il aura fallu attendre le dixième titre quand même. Le disque se termine avec deux titres pas franchement brillants. « I Live With You » avec un son imbuvable et des parties chantées de nouveau très irritantes, et puis « Foreground« , épuré mais vide de toute émotion.

Beaucoup me trouveront certainement sévères ou complètement à coté de la plaque au sujet de Grizzly Bear, mais Veckatimest est à l’heure actuelle le disque le plus ennuyant que j’ai eu à me mettre sous la dent en 2009. Une fois encore, je n’ai rien contre les groupes aux musiques ambitieuses et volontaires pour casser les codes et innover. Mais à ce petit jeu là, il faut encore savoir un minimum où l’on va. Sans vie, sans émotion, sans base mélodique ou rythmique, cet album est un chantier expérimental avant tout. Obsédé par les choeurs et variations vocales, le groupe ne semble jamais penser au résultat final, et la démarche musicale même reste un mystère pour moi. La pilule ne passe pas. En guise de compensation à leurs expériences sonores, Animal Collective a de la puissance et du groove, Sin Fang Bous a le sens de la mélodie, Tv On The Radio propose une variété de rythmes et d’ambiances, et Grizzly Bear, rien de tout ça. D’où l’ennui profond et la complexité inutile produits sur cet album. Heureusement, Grizzly Bear a un talent intrinsèque énorme, déjà mis en application sur « Yellow House« . De quoi attendre de leur part un nouvel excellent album qui pourrait nous faire oublier cet opus dénué de tout, mais de sens surtout.

1-5

Sortie: 26 Mai 2009 | Genre: Pop, Folk, Expérimental | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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6 comments to Grizzly Bear – Veckatimest (2009)

  • Il fallait bien qu’il y en aient un qui se dévouent, chapeau d’avoir eu le courage d’être le premier!
    Je ne suis évidemment pas du tout d’accord. Rien que les deux premiers titres méritent 4 étoiles tellement l’enchaînement des deux est fabuleux.
    Tout ce que tu décris ressentir pour cet album, c’est l’effet que m’a fait le dernier Animal Collective. Comme quoi…

  • « Il fallait bien qu’il y en aient un qui se dévouent » le « un » est en trop, désolé…

  • Je suis pas vraiment d’accord avec cette chronique mais bon en même temps je fais partie de ceux qui ont adoré. Il y aura donc les anti GB et AC, les partisants de AC et anti GB et les parisants AC et GB. Ok j’avoue l’équation me file mal au crâne ;-)

  • Trop ambitieux, trop prétentieux, trop cérébral… Bref toutes les qualités des groupes que j’adore (Tool, Aphex Twin, Mars Volta…). Je replussoie sur mon 9/10.

    Mais bon, très bonne critique sinon, avec un soupçon de mauvais esprit que je ne renierai pas ;)

  • ça fait quand même plaisir de voir que je ne suis pas le seul à ne pas avoir aimé cet album ;-)

  • Ce disque est pourtant une merveille ! Tu verras … dans quelques temps, tu regretteras d’avoir écrit ce post.
    Sinon, Erwan, le troisième titre aussi est fabuleux, peut-être le meilleur du disque …

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