M Ward - Hold Time (2009)

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Singer Songwriter plutôt prolifique, M Ward, avec cinq albums studios en poche, revient cette année un nouvel opus sous le bras. L’originaire de Portland, bien que certainement bourré de talent, n’a jusqu’ici jamais suscité un vif  intérêt pour ma petite personne. Ces trois derniers enregistrements étaient frustrants et décevants. Capable de produire des petits bijoux folk que l’on peut écouter en boucle, mais aussi des morceaux ennuyants, redondants et trop conventionnels pour se révéler vraiment intéressants, l’américain me sembler coincé dans sa petite routine folk traditionnelle, visiblement satisfait de ces productions. C’est donc avec un léger à priori négatif que j’abordais l’écoute de ce sixième album, « Hold Time« . Après plusieurs écoutes, je reste convaincu que la musique de M Ward n’est pas faite pour les amateurs de sensations nouvelles, et ceux qui sont à la recherche d’un peu d’excitation dans le monde du folk. En revanche, c’est la première fois qu’un de ses disques, en plus du quota fixé de petites perles mélodiques, garde une certaine cohérence et qualité, du premier au dernier titre. Si « Hold Time » ne frôle pas le chef d’oeuvre, et reste au bas de l’échelle niveau originalité, il confirme au moins tout le savoir-faire de son compositeur.

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Avec quatorze titres sur son nouvel enregistrement, on semblait être sur le même chemin long et sinueux dessiné par ses anciens albums. L’entrée en matière est parfaite, mais un peu surprenante. « For Beginners » fait typiquement parti du meilleur de M. Ward, à la différence que la joie de vivre semble avoir remplacé la mélancolie. Outre l’habituel côté rétro de ses compositions,  la nonchalance et la décontraction dans son timbre chanteur me rappellent vaguement Buffalo Spingfield sur « For What It’s Worth« . M Ward a cette même facilité à construire des titres hyper efficaces, hyper entêtants, d’une grande légéreté. Avec des arrangements acoustiques aussi country, folk que pop, le premier titre de « Hold Time » est un modèle de simplicité. Et bien que fatiguante à la longue, sa voix, semblant sortir d’une vieille radio, possède un charme indéniable. Attitude plus rock sur « Never Had Nobody Like You« , qui possède des riffs exagérément bruts et étouffés, et une mélodie du même accabit que la précédente, avec la meme recette: Claps dans les mains, duo pop sur les refrains, et un chanteur dans le rythme de ses chansons, qui dégage une certaine énergie, mais sans jamais faire d’excès. Jamais deux sans trois avec « Jailbird« , un autre très bon titre, très proche des précédents dans sa construction. Les guitares acoustiques sont toujours au premier plan lors des parties instrumentales, tandis que la batterie, aussi effacée soit-elle, n’est pas innocente dans cette bonne rythmique trouvée par l’américain. « Hold Time« , étrangement choisi comme premier single de l’artiste, a le mérite de sortir des chantiers battus, rappelant l’espace de quelques minutes que nous ne vivons plus dans les années 60′s. M Ward profite de cette balade en pleine apesanteur pour redonner une tonalité un peu nostalgique, un peu sombre à son album. Voix mise à part, on pourrait presque penser au dernier chef d’œuvre de The Cinematic Orchestra - « Ma Fleur« . Plutôt un compliment. Suit « Rave On« , qui continue dans la lancée des trois premières pistes, mais possède des effets reverb magnifiques, et des choeurs dignes des Beach Boys, même si moins expressifs. A noter que sa magnifique compagne fait parti des quelques invités de ce disque venant donner une bonne dose de féminité et de romantisme à cet opus.

On continue avec « To Save Me« , morceau le plus pop de cet opus, avec ses choeurs enfantins, sa batterie qui s’emballe, et des claviers qui ne s’arrêtent plus. Pas mal, mais un brin trop sautillant, trop joyeux. « One Hundred Million Time » revient aux racines du folk. On ne peut plus traditionnel, le morceau, pas franchement désagréable, commence petit à petit à raisonner l’ennui. « Star Of Leo » dissipe ce sentiment grâce à une composition  d’une rare inspiration. Plein de retenue les premières minutes, plein de classe, à la manière d’un certain Richard Hawley, il monte comme rarement il ne le fait, dans une féérie pop pleine d’énergie, où chaque instrument parvient à se faire une petite place. Très bon. C’est ensuite Johnny Cash qui est à l’honneur sur « Fisher Of Men« , dont la rythmique country et le débit de M Ward rappellent inlassablement les succès de l’homme en noir. L’album n’atteint pas des sommets d’émotion, mais procure un plaisir non négligeable et concilie pour la première fois avec cet album, variété et homogénéité. « Oh Lonesome Me » est le résultat d’un duo fantastique avec Lucinda Williams, véritable Tom Waits au féminin, avec toutefois plus de délicatesse. Grâce à de splendides arpèges de guitares, et un une mélodie mid-tempo épurée, c’est l’une des perles de ce disque. « Epistemology » aurait pu être un très bon titre s’il ne s’était pas installé dans un certain confort une fois la montée en puissance entamée. Vraiment dommage, tant le feeling dans son chant était merveilleux au début du titre. Et que dire des accords acoustiques en milieu de piste. « Blake’s View » est certainement un bon titre, mais sa place en fin de tracklist n’en fait qu’un vulgaire réchauffé de ce que l’on a déjà entendu. Même remarque pour « Shangri La« , avant dernier titre, encore honorable, mais dispensable. Et on termine avec « Outro« , instrumental, ni bon, ni mauvais, mais simplement inutile, comme beaucoup d’instrumentaux d’ailleurs quand ce n’est pas une spécialité ou un genre.

Malgré quelques errements de la part de notre singer-songwriter en fin de disque, « Hold Time » possède son lot de bonnes chansons et de petites perles, où folk et country traditionnels côtoient ambiances joyeuses ou nostalgiques, à la coloration pop évidente. Sans jamais renier son amour pour la musique américaine des années 50-60 (son timbre de voix ne lui laissant pas franchement le choix de toute manière), certains morceaux prouvent que M Ward est un compositeur doué, pas has-been pour un sou, qui arrive à trouver une certaine personnalité dans des compositions plutôt rétro. Grâce à des arrangements qui lui sont propres (reverb, riffs saturés, expérimentations sonores, orchestration poussée …), et grâce à un album varié, mais de bonne facture presque tout son long, M Ward propose une oeuvre enfin cohérente. S’il continue sur ce chemin là, nul doute que l’attente de ses prochaines sorties paraîtra plus longue que dans le passé. « Hold Time » fait parti des bons disques de 2009.

3-5

Sortie: 16 Février 2009 | Genre: Folk, Rock | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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