Elvis Perkins est un nouveau singer-songwriter américain suivant les traces de l’ancestral Woody Guthrie, un des pionniers du folk ayant influencé entre autre le génial Dylan dont je votais encore les talents il y a quelques jours pour la sorte de son nouvel album. Harmonica à la bouche, Guitare acoustique dans les mains, et son groupe Elvis Perkins In Dearland pour l’accompagner dans ses périples. Prenant en compte le fait que son père est mort du SIDA en 1992, et sa mère morte dans les Twin Towers en raison des attentats du 11 Septembre, je préfère parler de périples que d’une simple aventure musicale. Après un premier disque sorti en 2007, « Ash Wednesday« , beaucoup lui promettaient un avenir radieux dans l’univers du folk-rock. Et donc même si « Elvis Perkins In Dearland« n’est que son second album, on attendait tous confirmation de la part de ce jeune homme dont le talent brut ne manquait plus qu’à être détaillé. Malheureusement, il faudra attendre un prochain disque pour tomber à la renverse. Avec pourtant une recherche mélodique indéniable, une sensibilité à fleur de peau, l’essai n’est pas transformé. Malgré un premier titre ravageur et quelques bonnes séquences, Elvis Perkins peine à trouver son rythme et un certain équilibre instrumental dans ses chansons. Un disque en dent de scie que j’aurais pourtant voulu adorer tant le bonhomme apparaît sympathique.

Entre sa ressemblance à Eric Clapton, son look à la Neil Young, et les critiques souvent dithyrambiques à son sujet, et sa longue amitié avec les membres du fantastique groupe Okkervil River, on pouvait imaginer et espérer beaucoup de bonnes choses au sujet de ce disque. Le début de cet album allait d’ailleurs rendre cet espoir concret grâce au titre « Shampoo« . Certainement un des titres folk les plus rafraîchissants de l’année tellement sa construction est parfaite. Sur une base acoustique et quelques gros coups de caisse, Elvis use de tous ses talents pour impulser une énergie et un dynamisme communicatif sur une mélodie simple, mais terriblement accrocheuse. Son timbre est parfait, de même que son interprétation, sans laquelle cette piste n’arriverait pas à décoller. Deux très beaux solos d’harmonica viennent compléter le tableau, et semblent alors prouver une bonne fois pour toutes que le jeune folkeux a trouvé une certaine maturité. Sensation aussi tôt oubliée avec « Hey« , enjoué mais ennuyant, avec une mélodie qui laisse de marbre. Même si lui et son groupe sont loin d’être des manches, à en entendre quelques accords électriques, ce folk-rock peine à viser juste. « Hours Last Stand » et son approche instrumentale à la Devendra Banhart ou Vetiver fonctionne par accoûts, mais aurait sûrement était plus efficace avec plus de simplicité. Son premier couplet est merveilleux, avec un flow très posé et un peu mélancolique, mais très vite le tout devient parfois indigeste, trop lourd, pour rien. « I Heard Your Voice Is Dresden« , très enjoué, gagne progressivement en puissance ce que l’on gagne en ennui. Malgré ce qu’il a du enduré dans sa vie, on souhaiterait presque qu’il arrête d’être aussi joyeux, tant la rythmique de cette chanson agace, avec cette batterie qui ne s’arrête jamais, et surtout ne varie jamais. « Send My Fond Regards To Lonleyville » est un bon titre, où le jeu acoustique d’Elvis rappelle plus que jamais le folk des années 50-60′. Mais alors qu’on pense enfin pouvoir se laisser porter par la sobriété d’une musique inspirée, une insupportable foire sonore, bordélique à souhait , s’installe en plein milieu de la chanson. Certains y verront sûrement un interlude ou un break parfaitement calibré, mais je trouve ça plutôt consternant, à croire qu’il n’arrive pas à rester en place.
On attaque la seconde partie du disque avec ce qui se fait mieux dans le mauvais goût, à savoir « I’ll Be Arriving« . Ambiance lourde et multitude d’expérimentations sonores, y compris sur le chant. La base mélodique est pourtant intéressante, avec sa connotation dark et bluesy, mais c’est trop fouillis pour en ressortir quoi que ce soit. Avec la merveilleuse idée de saturer volontairement le chant en pensant coller à l’ambiance, on obtient un bouillon sonore à la limite de l’inaudible, alors qu’un coup de karscher aurait donné une toute autre dimension à cette chanson. « Chains Chains Chains« , morceau d’une banalité sans nom, a au moins le mérite de revenir à quelque chose d’assez épuré, équilibré musicalement, registre dans lequel il s’en sort plutôt pas mal. « Doomsday« , beaucoup plus énergique, redonne un peu de crédibilité à cet album. Cette fois, le groupe est au service de l’ambiance festive et joyeuse instaurée sur ce morceau. Pour le coup, la montée en puissance et la richesse instrumentale apportent un plus, une âme, et Elvis est très bon au chant. « 123 Goodbye » est caractéristique d’une fin d’album réussie, où l’artiste et son groupe se livrent définitivement à une simplicité bienvenue. Avec un timbre très dylanesque, un peu cliché, le songwriter livre enfin un titre à la hauteur de celui qui ouvrait cet album. Porté par un piano et un harmonium, et surtout un déluge de cordes magnifiques, on se perd atmosphère dramatique, mais pas pour autant désagréable. On nous pousserait d’une falaise qu’on en rigolerait presque. « How’s Forever Been Baby » est la conclusion d’un album qui se termine avec plus de légéreté. Il était temps pour Elvis de ressortir son harmonica, le temps d’une ballade traditionnelle aux lignes de chant mélancoliques et rêveuses.
« Elvis Perkins In Dearland » est un album un peu particulier, tant la qualité des derniers titres renforce le sentiment d’incompréhension générale devant certains essais du groupe. Alors qu’il laisse entrevoir des qualités énormes d’inspirations, d’écriture, de rythme, il se perd souvent dans des compositions trop fouillies et trop anarchiques. Il n’arrive alors même plus à les sauver lui même, se laissant écraser et porter par le bazar crée. Elvis Perkins a un talent certain, et les capacités pour faire parti des grands artistes de folk-rock actuels. C’est en tout cas ce qu’on lui souhaite, et ce que l’on espère entendre sur un prochain album. Il faudra alors éviter ces énormes fautes de goût, qui ne s’éviteront d’ailleurs que si cet artiste parvient à trouver un certain équilibre et une idée réfléchie de ce qu’il veut vraiment faire. Qu’à cela ne tienne, ce n’était qu’un deuxième album, ce sera pour la prochaine fois. Peut-être.
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Sortie: 10 Mars 2009 | Genre: Folk, Rock | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes
Autres chroniques: à venir.







































































Pfiou, je suis rassuré, j’avais plus ou moins viré de ma selection initiale les titres que tu descends
Pour le reste, shampoo quoi…
Si je peux te rassurer Antoine, c’est un plaisir
J’aurais été un poil moins négatif… Une deuxième partie d’album effectivement moins efficace, mais un bon 2ème album!
SysT