Bat For Lashes - Two Suns (2009)

Après l’album « Fur & Gold« , qui ne me laisse qu’un vague souvenir, la mystique Natasha Khan sortait hier son nouvel opus « Two Suns« . Simple curiosité au départ, cet opus est devenu assez important à mes oreilles pour mériter que je m’y attarde. Sous son pseudonyme « Bat For Lashes » se cache une sacrée jolie anglaise au service de la musique, de la bonne musique. Indéniablement pétrie de talent, cette multi-instrumentaliste semble avoir un sacré don pour la composition. La plupart des titres présents sur cet opus sont à la fois extrêmement riches, et tout à fait accessibles pour les fans de pop. On ne peut pas dire que le résultat soit éblouissant pendant les 45 minutes d’écoute, en particulier sur la fin, mais certains titres sont de vraies perles. Mélodies aériennes, refrains pop, voix mystique, envolées lyriques, tout y est. Écoute au casque facultative, émotions obligatoires en terrain inconnu.

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La musique de Bat For Lashes a une caractéristique déjà assez intéressante, puisqu’elle a une dimension que beaucoup de groupes de pop, aussi bons soient-i-ils, n’ont pas. Comme Baudelaire, c’est une invitation au voyage qui nous est proposée. Si on écoute tranquillement cette galette avec une bonne installation sonore, ou au casque, c’est simplement un régal. Les titres possèdent un tel charme qu’il ne vous viendra jamais à l’idée l’envie de s’arrêter en plein milieu du CD. Pour vous en convaincre, ouvrons le bal avec le premier titre de ce « Two Suns« : « Glass« . Premier constat, la voix de la britannique n’a besoin que de quinze secondes pour vous mettre en joie. Avec un timbre que l’on pourrait ranger entre Kate Bush et PJ Harvey, il n’y a pas vraiment de quoi se plaindre. Accompagnée de percussions tribales, de sonorités mystiques, Natasha nous transporte sur des terres inconnues. Entre Pop et World Music, elle se laisse aller à quelques envolées lyriques magnifiques lors du refrain. Diable, quelle ouverture! « Sleep Alone » est aussi aérien que le titre précédent, mais encore plus pop et plus groovy. Parti sur un rythme binaire entaché de quelques bruits sonores discrets, le titre s’enrichit d’expérimentations bienvenues. Rien n’est laissé au hasard, rien n’est gratuit. Voici une demoiselle exigeante avec son travail, et une demoiselle qui ne s’est pas entourée de bras cassés. Les New-Yorkais tarés de chez Yeasayer sont venus s’amuser sur l’album et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne loupe pas. Couplets comme refrains sont étincelants de classe et de feeling. Enfin, Natasha n’est pas non plus ringarde toute seule, loin de là. Seule au piano sur « Moon And Moon« , sa voix est d’une beauté glaciale. Seuls quelques bruitages et échos viennent perturber ce rêve auquel est convié l’auditeur. Nul doute que ce titre serait parfait pour figurer sur une Bande originale de film un tant soi peu poétique et/ou mélancolique. Opération séduction réussie après trois titres. En plus du talent pur et simple, les influences sont d’une diversité déjà hallucinante et la production est d’excellente facture.

Le temps passe et le plaisir continue. « Daniel« , à mon goût le titre le plus radiophonique de cet opus, est la parfaite illustration de ce que fait le groupe avec maîtrise: rendre accessible une musique inspirée, riche, unique. Aérien à souhait, des beats pour garder le rythme et Natasha, plus que jamais proche de Kate Bush, nous gratifie encore d’une sacrée prestation. La première partie de l’album est vraiment une satisfaction à tout point de vue. A noter que l’album possède pour l’instant LES refrains pop de 2009. « Peace of Mind« , aux chœurs gospel, marque un peu plus les influences de la jeune femme. Musique lancinante, l’ambiance y est à la fois légère et pesante, et le timbre de voix est drôlement décalé par rapport à la musique. Sympathique surprise. Un peu dans le même esprit que la chanson précédente, « Siren Song » est également très amusante. Si les couplets font office de tranquillisants, le refrain prend une dimension expérimentale et épique, avec une fois de plus des lignes de chant à couper le souffle. Changement radical de direction avec « Pearl’s Dream« ‘, qui est clairement la chanson la plus bizarre de cet album. Binarité des beats, échos, une voix fantomatique, Clip Clap des mains, et incompréhensible refrain! Alors qu’on prévoit un refrain expérimental, instrumentalement chargé, des chœurs féminins apparaissent pour délivrer une mélodie pop que ne renierait pas Imogen Heap. Le refrain a vraiment ce côté déjà vu chez d’autres bandes, qui rappelle une certaine chanson … qu’on ne retrouvera pourtant jamais. Natasha va jusqu’à se permettre un jeu vocal à la fin au milieu des chœurs. Splendide, tout simplement. Après un si bon moment, « Good Love » laisse un goût amer. Ambiance éthérée, comme serait une mauvaise ballade de Tv On The Radio surproduite, jamais le morceau ne convainc. « Two Planets » réveille un peu nos oreilles, et sera certainement apprécié des fans de Björk, ce qui est loin d’être mon cas. La composition est beaucoup trop chargée, et Natasha fait preuve d’un peu trop d’ambition artistique. Quelques passages sont réussis mais l’ensemble est lourdingue. Avant dernier sur la liste, « Travelling Woman » est une ballade réussie, mais pas transcendante. De toute façon, on sent que l’inspiration est moins présente à la fin qu’au début, ce qui peut se comprendre d’ailleurs. Le groupe peine à terminer cet album avec l’engouement et la grâce présente dans les premières pistes. Le myhtique Scott Walker termine le disque en duo avec Natasha Khan, pour à peine trois minutes d’une chanson épurée au maximum. Quel dommage.

La fin de cet album est vraiment une immense déception. Même si les derniers titres restent agréables et de bonnes factures, ils ne rappellent jamais à quel point la touche-à-tout anglais est capable de choses exceptionnelles. Pop avant tout, Bat For Lashes propose une musique d’une richesse impressionnante, marquée par des influences du monde entier, avec au cœur de tout ça une voix d’une justesse et d’une beauté remarquable. Ajoutez-y une production sans faille et vous obtenez un des albums les plus réjouissants de ce printemps. Un tel talent mérite en tout cas reconnaissance et attention. Me concernant, je ne comprends toujours pas comment j’ai pu survoler leur précédent album qui d’après plusieurs critiques, annonçait déjà les quelques perles présentes sur « Two Suns« . Je vais de ce pas me réécouter « Fur & Gold« . Bonne écoute.

4-5

Sortie: 06 Avril 2009 | Genre: Pop, Ambient | Infos: Myspace | Acheter sur: Itunes

Autres chroniques: à venir.

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