Frozen River (2009)

Il va être difficile de construire une critique originale, après avoir lu celle de Benjamin sur son site Playlist Society. Mais bon, je vais quand même gratter quelques lignes sur le sujet. Après le voyage en terres canadiennes que proposait « Into The Wild« , c’est au tour de Courtney Hunt de s’y aventurer. Frozen River, son premier long métrage, nous emmène dans un petit village à la frontière canadienne. Mais si on retrouve bien quelques paysages enneigés, la réalisatrice américaine n’est pas là pour nous montrer des cartes postales. Dans le drame social qu’elle propose, la nature et le froid extrême sont au centre du récit. Pour ceux qui s’attendent  au « Fargo » des Frères Cohen, à quoi Frozen River a été comparé quelques fois, ils vont être pour le moins désemparés. Alors évidemment, si la présence de neige suffit pour comparer deux films, effectivement, là, peut-être, éventuellement, bref ! Frozen River, sans proposer une réalisation très originale, possède un scénario intéressant et une ambiance qui fonctionne. Le tout, s’il vous plaît, sans misérabilisme, sans musique pathos, sans jugement, sans décès, sans excès quoi. En ça, je retrouve ce qui m’avait plu avec « Chop Shop«  ou « The Visitor« . Et c’est une fois de plus ce qui a dû me plaire ici.

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Synopsis:

Une petite ville américaine à la frontière du Canada. Ray peut enfin offrir à sa famille la maison de ses rêves et bientôt quitter leur préfabriqué. Mais quand son mari, joueur invétéré, disparaît avec leurs économies, elle se retrouve seule avec ses deux fils, sans plus aucune ressource. Alors qu’elle essaie de retrouver la trace de son mari, elle rencontre Lila, jeune mère célibataire d’origine Mohawk, qui lui propose un moyen de gagner rapidement de l’argent : faire passer illégalement aux Etats-Unis des immigrés clandestins, à travers la rivière gelée de Saint Lawrence, située dans la Réserve indienne. Ayant cruellement besoin d’argent à la veille des fêtes de Noël, Ray accepte de faire équipe avec Lila. Pourtant, les risques sont élevés, car la police surveille les allers et venues, et la glace peut céder à tout instant…

Critique:

Grand prix du Jury au dernier Festival de Sundance, on se doute que Frozen River n’est pas un navet. Et c’est vrai qu’une fois le visionnage terminé, ma première réaction a été: « Sympatoche comme tout ce film ». C’est trouver les raisons de ma satisfaction qui a été plus difficile. En même temps, hormis en filmant avec des téléphones portables, je vois mal comment le film aurait pu être plus épuré. Vous rajoutez des personnages d’un sérieux et d’un calme presque énervants, et des stations essence et mobil-homes en guise de décors. Et bien pourtant, c’est tous ces éléments qui permettent au film de tenir sur ses pieds. Courtney Hunt a le mérite de réaliser un film prenant, avec aucun élément réellement intéressant. Pour ça, elle a quand même pu compter sur la formidable actrice Melissa Leo (Ray). Il suffit d’un gros plan sur son visage pour comprendre que la vie n’est pas très funky. Deux enfants à charge dans un taudis, avec  -30° de moyenne à l’extérieur, un mari accroc au jeu qui s’est barré, et un salaire de misère. De bonnes bases pour lancer un film dans la joie et la bonne humeur. Bref, en attendant un meilleur toit (Un mobil-home, bon …), il faut que Ray trouve des sous, et vite. Dans ce cas, on fait comme tout le monde, on met des chinois et des pakistanais dans son coffre de voiture pour les débarquer du côté des Etats Unis. Et c’est sur ce fait tout bête que le récit tient toute sa force. Sans n’apporter aucun jugement sur cette contrebande, Courtney Hunt lance  en  parallèle une course contre la montre. D’un côté Ray s’absente tous les jours pour obtenir du cash, de l’autre le fils ainé T.J (Charlie McDermott) cherche également un moyen pour subvenir aux besoins de la famille. Ce dernier est d’ailleurs, avec Ray, un personnage très attachant. Même si le rôle reste secondaire, sa générosité  envers son petit frère et sa débrouillardise rendent ses apparitions agréables.

Plusieurs éléments donnent un vrai suspens au film, sauf celui de savoir si les sous seront mis sur la table en temps et en heure pour acheter le mobil-home. Simple prétexte, on se désintéresse très vite de l’aspect financier au profit d’autres questions. La rivière supportera-t-elle à chaque fois la voiture de Ray ? Va-t-elle finir par se faire arrêter ? Que réserve comme surprise chaque voyage ?. Et même si le film se veut au final ultra soft, on s’attend à ce qu’un tas de saloperies s’abatte sur elle et/ou sa famille. C’est amplement suffisant pour tenir le spectateur en haleine, et aussi amusant. Amusant de voir comment la réalisatrice déjoue un ensemble de « clichés misérabilistes ». Là ou beaucoup auraient sombré dans le pathos généralisé, Courtney Hunt minimise les choses, provoquant des « soulagements » presque surprenants. On se retrouve avec une légère fumée quand on s’attend à un incendie, à un bébé qui a froid quand on pense qu’il est mort, quatre mois de prisons quand on donnerait 15 ans,  et une voiture qui coule quand on aurait pu avoir une noyade infernale. C’est à la fois la grande force et le petit défaut de ce film.

En évitant à chaque fois la tragédie, l’histoire du film gagne en crédibilité et réalité. Je ne dirais pas que l’historie globale du film pourrait arriver à tout le monde mais le propos reste vraisemblable, spécialement dans le contexte économique actuel. C’est l’argument un peu passe partout et ridicule, certes, mais pourtant bien vrai.  C’est d’ailleurs Alex Masson de Première qui l’exprime légitimemement:  » L’écho qu’il renvoie de la précarité actuelle et la performance de Melissa Leo en font une vraisemblable et poignante chronique de notre époque « . Je m’inscris dans cette idée. Cependant, Frozen River montre également très vite ses limites. Certainement indispensables pour réussir un bon premier film, on regrette le manque de prises de risques dans tous les domaines. Jamais le film n’éblouit vraiment, ou ne tire un simple sourire. Hormis son fils, Ray est bien trop seule à l’écran. Et Lila (Misty Upham), qui aurait pourtant dû être le personnage secondaire consistant, est sans relief, voir énervante. A force d’épurer tout ce qui bouge pour éviter le moindre faux pas, on se plante une épine dans le pied. Pour son premier coup d’essai, on ne peut que faire le constat que le cinéma indépendant réserve souvent de belles choses. Pour son second en revanche, on s’attend à ce qu’elle se donne les moyens pour faire bouger les cadres. Peut être aurons-nous droit à un très grand film indépendant.

3-5

Sortie: 07 Janvier 2009 | Genre: Drame | Réalisateur: Courtney Hunt | Infos: Allociné

Durée: 1 h 36

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